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Liban: colère après l'incendie d'une importante bibliothèque

04/01/2014 01:56 EST | Actualisé 06/03/2014 05:12 EST

Quelques centaines de personnes ont manifesté leur colère samedi à Tripoli, la grande ville du nord du Liban, après l'incendie d'une bibliothèque contenant des livres précieux et appartenant à un prêtre, a constaté l'AFP.

Vendredi soir, la bibliothèque al-Saeh, appartenant au prêtre grec-orthodoxe Ibrahim Srouj et située dans le centre historique de Tripoli, a été incendiée par des inconnus, détruisant ou endommageant deux-tiers des 80.000 livres et manuscrits qui y sont entreposés, selon un responsable des services de sécurité.

L'incendie est survenu au lendemain de la découverte d'une brochure "offensante à l'égard de l'Islam et du prophète Mahomet", d'après la même source. "Le tract a été retrouvé dans un manuscrit envoyé par la librairie pour impression, suscitant la colère de jeunes à l'origine de l'incendie et qui sont recherchés", selon elle.

Il était "évident" que le prêtre "n'avait rien à voir" avec ce texte, a précisé la source.

Plusieurs responsables libanais, dont le Premier ministre Najib Miqati, des dignitaires musulmans ainsi que la société civile ont vivement dénoncé cet incident.

"Cet acte est condamnable car cette bibliothèque représente l'histoire de Tripoli et porte atteinte aux relations entre les habitants de la cité", a affirmé Malek al-Chaar, mufti de la ville à majorité sunnite mais qui comprend des communautés chrétienne et alaouite (branche du chiisme).

"Celui qui a commis cet acte est un ignorant (...) père Srouj est très respectueux de l'islam et participe à nos fêtes religieuses", a affirmé à l'AFP Mohammad Choukri, un des participants à la manifestation de samedi.

S'exprimant à la télévision libanaise, le prêtre a assuré qu'il "pardonnait" à ceux qui avaient incendié sa bibliothèque.

"Il est impossible qu'il ait publié une brochure hostile à l'islam", renchérit Khaled Cheikh, 55 ans, qui défilait aux côtés de manifestants arborant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Tripoli, ville pacifique" ou encore "ceci est contraire aux valeurs du prophète".

La bibliothèque, héritée par le prêtre sexagénaire de son père, contenait entre autres de rares manuscrits scientifiques, des documents sur l'histoire de Tripoli, d'anciens corans et évangiles et textes sur le judaïsme.

La deuxième plus grande ville du Liban est régulièrement le théâtre de flambées de violences qui touchent notamment deux quartiers misérables du nord: Bab al-Tebbaneh, place forte sunnite favorable à la révolte contre le régime syrien, et Jabal Mohsen, fief des alaouites acquis au président Bachar al-Assad, dont ils partagent la confession.

oi-ram/faa

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