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Le Bangladesh vote sans l'opposition pour des législatives à risque

04/01/2014 09:36 EST | Actualisé 06/03/2014 05:12 EST

Le Bangladesh votait dimanche pour des législatives à haut risque, boycottées par l'opposition, après des mois de violences politiques qui ont fait des centaines de morts.

La Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina Wajed, est assurée d'être reconduite, les candidats de son parti, l'Awami League, ou de ses alliés se présentant sans concurrence dans 153 circonscriptions sur 300.

Mais ce scrutin faussé, critiqué par les Etats-Unis et l'Union européenne, risque d'aggraver les violences et de faire le lit de "l'extrémisme islamique", selon les observateurs.

Les bureaux de vote ont ouvert dans tout le pays à 08H00 (02H00 GMT), sans grande affluence dans la capitale Dacca, ont constaté des journalistes de l'AFP. La participation pourrait être inférieure à celle de 26% enregistrée en 1996 lors d'une élection truquée.

"Voter est un droit, j'exerce ce droit, mais nous ne sommes pas à la fête aujourd'hui", a confié un électeur, Nurul Islam, après avoir déposé son bulletin dans un bureau de vote à Mirpur, près de Dacca.

Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et ses alliés ont réclamé en vain la mise en place d'un gouvernement neutre et provisoire avant l'organisation d'élections, comme ce fut le cas dans le passé, mais la Première ministre Sheikh Hasina a refusé.

Pour tenter de faire dérailler le processus électoral, la chef de l'opposition, Khaleda Zia, a organisé des grèves et des manifestations qui ont fait 150 morts et le déploiement massif de quelque 50.000 soldats n'a pas suffi à mettre un terme aux troubles.

Samedi, des manifestants ont incendié ou tenter de le faire des dizaines de bureaux de vote et plusieurs personnes ont été tuées, dont un responsable de bureau de vote battu à mort samedi dans le district de Thakurgaon (nord).

"Une farce scandaleuse"

Khaleda Zia, ex-Première ministre, a une dernière fois exhorté vendredi les Bangladais à ne pas participer aux élections. "J'appelle mes compatriotes bangladais à boycotter totalement cette farce scandaleuse", a-t-elle lancé, accusant Sheikh Hasina de "tuer la démocratie".

La Première ministre l'a à son tour accusée de "prendre le pays en otage".

L'acrimonieuse rivalité entre Hasina et Zia a empêché tout compromis entre les deux femmes, et le chef de l'opposition est de facto placée en résidence surveillée depuis la fin décembre.

Le Bangladesh a connu cette année les violences les plus meurtrières depuis sa création en 1971 à la suite de son indépendance du Pakistan. Selon une ONG, elles auraient fait jusqu'à 500 morts depuis janvier 2013.

Ce bilan comprend les victimes des heurts entre les forces de l'ordre et des militants protestant contre les condamnations à mort de dirigeants islamistes pour crimes de guerre commis en 1971.

Le Jamaat-e-Islami, le principal parti islamiste du Bangladesh, a été interdit de participer aux élections.

Après l'échec de pourparlers récemment organisés sous l'égide de l'ONU, les Etats-Unis, l'Union européenne et le Commonwealth ont renoncé à envoyer des observateurs, affaiblissant un peu plus la crédibilité du scrutin et la position de Sheikh Hasina.

Les Etats-Unis se sont inquiétés des arrestations massives de partisans de l'opposition et l'Union européenne a déploré l'incapacité des autorités à "créer les conditions nécessaires à la tenue d'élections transparentes".

En tout état de cause, les troubles qui agitent le huitième pays le plus peuplé du monde nuit gravement à l'économie et aux 154 millions d'habitants dont un sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

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