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Armements : la Grèce vit au rythme d'une vaste affaire de corruption

04/01/2014 12:45 EST | Actualisé 05/03/2014 05:12 EST

Une affaire de corruption dans les marchés d'armement, vieille de quinze ans, fait vivre la Grèce au rythme des révélations d'anciens responsables politiques ou hommes d'affaires et a même ramené quelques millions d'euros dans les caisses du pays en crise.

Vendredi, les juges ont envoyé en détention provisoire pour blanchiment d'argent Dimitris Papachristos, 78 ans, ancien représentant en Grèce de l'entreprise allemande d'armement Wegmann devenue ensuite Krauss-Maffei Wegmann (KMW).

M. Papachristos est l'une des figures dénoncées dans cette affaire par Antonis Kantas, 73 ans, par qui le scandale est arrivé.

Arrêté le 13 décembre, l'ex-directeur général adjoint aux armements du ministère de la Défense de 1997 à 2002 est passé aux aveux après que la justice a localisé 13,7 millions d'euros qu'il dissimulait dans une banque de Singapour.

Kantas a alors reconnu avoir touché des pots de vin dans le cadre d'importants marchés d'armement avec des sociétés étrangères, notamment allemande, française, russe, brésilienne et suédoise.

Des aveux qui commencent à intéresser les magistrats étrangers: selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel à paraître dimanche, le parquet de Munich (sud) envisage l'ouverture d'une enquête sur la vente de 170 blindés Léopard à la Grèce au début des années 2000, l'un des programmes concernés par les pots-de-vin selon Kantas.

Lors de sa déposition-fleuve de quatre jours, il a dénoncé pas moins de 17 hommes d'affaires, intermédiaires, mais aussi des hommes politiques.

Kantas a également remis à la justice des marques sonnantes et trébuchantes du scandale: neuf millions d'euros provenant de pots de vin, rendus à l'Etat grec depuis le 31 décembre.

"Tant de pots de vin..."

"Des millions d'euros et de dollars sont disséminés sur de nombreux comptes à travers le monde. Pour les ouvrir, les procédures prennent beaucoup de temps car il y a des intermédiaires, des entreprises off-shore", a expliqué une source judiciaire à l'AFP.

"Et il est sûr que les accusés couvrent des hommes politiques derrière cette affaire", a ajouté cette source.

"J'ai touché tant de pots de vin que je ne me souviens pas de tous", a déclaré aux juges le repenti qui a reçu ces gratifications depuis 1989, selon des extraits de sa déposition dans les journaux.

Il a notamment rappelé aux juges le rôle joué par l'ancien ministre de la Défense et cofondateur du parti socialiste Pasok, Akis Tsohatzopoulos, condamné en octobre à 20 ans de prison pour blanchiment d'argent dans des contrats d'armements.

Mais l'ancien ministre avait toujours nié les faits. Une commission parlementaire au début des années 2000 avait conclu à l'impossibilité de réunir des preuves suffisantes.

"C'était un sentiment horrible de voir que des malversations avaient été commises et de ne pas pouvoir le prouver", a déclaré à la radio Skaï le porte-parole du gouvernement Simos Kedikoglou.

"Aujourd'hui, il existe des outils qui nous permettent d'être efficaces contre la corruption", a-t-il assuré, affirmant que le gouvernement était "résolu" à aller jusqu'au bout de cette affaire.

De nombreuses auditions par les juges d'instruction restent à venir. Mais ils doivent composer avec les avanies de l'âge d'au moins deux autres repentants : Dimitris Papachristos, l'un de ceux qui aurait versé des pots-de-vin, souffrirait de troubles de la mémoire et Panos Efstathiou, 83 ans, accusé des mêmes faits pour le compte d'une autre entreprise allemande, qui a dû être hospitalisé lors de son audition-marathon de douze heures jeudi.

La Grèce a régulièrement été pointée du doigt pour la corruption de son économie même si Athènes a obtenu en décembre un satisfecit de l'ONG Transparency International pour les progrès accomplis.

Le budget de l'armement, notamment en raison de la complexe relation gréco-turque, a longtemps été un gouffre pour le pays, et a représenté pour la période 1974-2005 l'équivalent de 80% des 310 milliards d'euros de dette grecque au déclenchement de la crise en 2010.

"Le tsunami de pots-de-vin décrit par Kantas a-t-il cessé après son départ ? Continue-t-il ?" s'est interrogé dans un communiqué la gauche radicale du Syriza, en tête dans les sondages devant les conservateurs au pouvoir avec les socialistes.

Largement discrédités, ces deux partis, qui gouvernent la Grèce sans interruption depuis la chute du régime des Colonels, sont tenus pour responsables du marasme du pays.

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