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Xi Jinping et Shinzo Abe: une rivalité exacerbée mais des destinées parallèles

03/01/2014 03:49 EST | Actualisé 04/03/2014 05:12 EST

Le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre japonais Shinzo Abe sont engagés dans un face-à-face diplomatique tendu, cette rivalité contrastant avec leur trajectoire personnelle similaire en bien des points, constatent les analystes.

Bien qu'ils aient émergé dans des systèmes radicalement différents, l'un démocratique et l'autre autoritaire et à parti unique, ils sont tous les deux fils d'anciens responsables issus de l'élite, ils ont subi de graves avanies dans leur vie privée ou leur carrière et ils partagent une vision de l'avenir comparable, teintée de grandeur. Xi a 60 ans, Abe 59.

Chacun de leur côté, ils promettent une renaissance de leur pays --deuxième et la troisième économies du monde-- grâce à des réformes ambitieuses.

Les deux dirigeants sont arrivés au pouvoir à la fin de 2012. Ils ne se sont rencontrés qu'à deux occasions très brèves ces 15 derniers mois.

"Ces caractéristiques de personnalité et cette toile de fond historique similaires ont de l'importance, car à la fois pour Xi Jinping et pour Shinzo Abe le nationalisme est un puissant vecteur qu'ils exploitent afin de consolider leur position", souligne Willy Lam, un expert en sciences politiques de l'Université chinoise de Hong Kong.

Ces dernières semaines les tensions entre les deux voisins ont été avivées par la décision de Pékin d'imposer unilatéralement une nouvelle zone de contrôle aérien en mer de Chine orientale. Cet espace englobe un archipel administré par le Japon mais revendiqué par la Chine.

La situation s'est encore détériorée après la visite de Shinzo Abe au sanctuaire Yasukuni, à Tokyo. Pour la Chine, ce lieu symbolise l'agression et l'occupation militaire nippones avant et pendant la Deuxième guerre mondiale.

M. Abe, né après le conflit qui s'était terminé par la capitulation du Japon, est l'héritier d'une dynastie de la droite nippone. Son grand-père, ministre dans le gouvernement qui déclencha l'attaque sur Pearl Harbor en 1941, fut arrêté pour crime de guerre et relâché sans jugement, avant d'être Premier ministre à la fin des années 1950. Son père a tenu le poste de ministre des Affaires étrangères.

Xi Jinping, venu au monde après la fondation du régime communiste en 1949, est le fils d'un héros révolutionnaire qui a été "purgé" par Mao avant d'être réhabilité. Il a connu les dures années de la Révolution culturelle (1966-1976).

Les deux leaders s'emploient à renforcer les capacités militaires de leur nation, M. Abe ayant même déclaré mercredi que la Constitution pacifiste du Japon serait révisée d'ici à 2020.

"Fantômes du passé"

Le déplacement d'Abe au Yasukuni a coïncidé avec celui de Xi au mausolée de Mao Tsé-toung, dont on a célébré le 26 décembre le 120e anniversaire de la naissance.

Ces deux visites ont été l'occasion, de part et d'autre, de se projeter de façon partiale dans le passé, estime Katsuhiko Meshino, une des plumes du journal Nikkei.

"MM. Abe et Xi ont tous les deux fait l'impasse sur certains chapitres critiqués de l'Histoire de leur pays et ont au contraire affirmé leur propre vision de cette Histoire", a-t-il écrit. "Ces deux leaders paraissent poursuivent les fantômes du passé au lieu de tracer une nouvelle voie pour leur pays".

La Chine, à l'issue du récent troisième plénum du Parti communiste, a annoncé un vaste train de réformes économiques en faveur du secteur privé. Cette réunion a aussi permis de conforter le pouvoir du président Xi Jinping, qui a fait du "rêve chinois" le slogan fondateur de la politique.

Le Premier ministre nippon a de son côté promis de sortir l'archipel de la déflation pour le remettre sur les rails de la croissance, grâce à sa politique de relance désormais connue sous l'expression d'"Abenomics". Ce faucon dit travailler pour un "nouveau Japon".

C'est très probablement cet accent mis sur l'économie, et les très importantes relations commerciales entre les deux voisins, qui empêchent la situation de se dégrader encore, estime Willy Lam.

Abe et Xi sont confrontés à des défis similaires, souligne pour sa part David Zweig, professeur à l'Université de science et de technologie de Hong Kong.

"Sur le plan de la puissance, la Chine est en pleine ascension, mais sur le plan moral elle est en déclin et c'est pourquoi on assiste à ces efforts de Xi pour imposer une nouvelle morale, une morale maoïste, une morale anticorruption", dit-il.

"Abe tente manifestement de mettre fin à 22 années de déclin. Et il se figure sans doute que pour y parvenir il doit renforcer le nationalisme, réécrire le passé, offrir à la population une image plus positive de ce qu'être Japonais, en renforçant l'armée, en étant moins passif dans les affaires internationales".

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