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Soudan du Sud: les factions discutent pendant que les civils fuient par milliers

03/01/2014 11:53 EST | Actualisé 05/03/2014 05:12 EST

ADDIS ABEBA, Éthiopie - Les factions en conflit au Soudan du Sud ont eu des discussions préliminaires, vendredi, en vue des négociations de paix directes qui doivent commencer bientôt en Éthiopie, ont annoncé les médiateurs.

Dina Mufti, porte-parole du ministère éthiopien des Affaires étrangères, a expliqué que des discussions préliminaires étaient nécessaires pour aplanir les divergences entre les deux camps avant le début des pourparlers formels, qui devraient commencer samedi. Les discussions se déroulent à l'hôtel Sheraton d'Addis Abeba, la capitale éthiopienne.

Pendant ce temps, les affrontements se poursuivent sur le terrain. L'ambassade des États-Unis au Soudan du Sud a indiqué vendredi que le département d'État avait ordonné une nouvelle réduction de son personnel diplomatique dans le pays à cause de la «détérioration des conditions de sécurité». Un vol d'évacuation était prévu vendredi.

Le gouvernement sud-soudanais a décrété l'état d'urgence dans les États d'Unité et de Jonglei, dont les capitales sont contrôlées par les rebelles. Jeudi, le gouvernement a prévenu que les rebelles fidèles au vice-président déchu Riek Machar qui contrôlent Bor, capitale de l'État de Jonglei, se préparaient à marcher vers Djouba, la capitale nationale.

L'armée sud-soudanaise a indiqué avoir envoyé des renforts à Bor, à 120 kilomètres de Djouba, où se déroulent de violents combats entre les troupes gouvernementales et les rebelles.

Au sud de Bor, des milliers de familles en fuite se sont rassemblées dans la région d'Awerial en bordure du Nil, et tentent de se réfugier à l'ombre sous n'importe quel arbre qu'elles peuvent trouver. Des organisations humanitaires estiment que des dizaines de milliers de personnes — de 60 000 à 75 000 — se sont enfuies de Bor pour échapper aux attaques des fidèles de M. Machar, désignés par certains sous le nom d'«Armée blanche».

«L'Armée blanche a pris le contrôle quand tout le monde a quitté le village. Ils ont brûlé toutes les huttes et ils ont aussi tiré sur des gens durant l'affrontement. Même ma mère a été touchée. Sa jambe est cassée, mais ça va», a déclaré Philip Madol, 33 ans, qui faisait autrefois partie des «Lost Boys», de jeunes garçons sud-soudanais emmenés aux États-Unis durant la sanglante guerre civile, alors que le Soudan du Sud faisait encore partie du Soudan.

«Il est difficile d'obtenir des soins médicaux en ce moment», a-t-il poursuivi. «Tout est sale ici. Tous les enfants sont sales et malades. Il est difficile de dire comment les gens ont réussi à survivre et à se rendre jusqu'à ce côté-ci du fleuve.»

Un haut responsable de l'ONU chargé des affaires humanitaires au Soudan du Sud, Toby Lanzer, a déclaré que la situation était difficile autour d'Awerial. «Nous tentons de fournir le plus d'aide possible aux civils», a-t-il écrit sur Twitter.

Le Comité international de la Croix-Rouge affirme que la population rassemblée à Awerial représente «la plus grande concentration de personnes déplacées» au Soudan du Sud jusqu'à maintenant.

Deng Ghai Deng, 19 ans, s'est enfui de Bor et a traversé le Nil avec sa soeur. Il a affirmé que les combats à Bor avaient fait de nombreuses victimes et s'est plaint que les familles déplacées n'aient pas accès à de l'eau potable, à de la nourriture et à des abris.

«Certains enfants, même des très petits, sont en train de mourir de faim dans la forêt de l'État de Jonglei», a dit le jeune homme. «Ils n'ont aucun moyen de transport pour traverser le fleuve (...) et la situation est vraiment très mauvaise. Mon père et ma mère sont toujours à Jonglei, ils sont encore dans la forêt. Ils ne nous rejoindrons pas parce qu'ils n'ont pas assez d'argent.»

Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, affirme que les combats ont été provoqués par un coup d'État raté fomenté par des soldats loyaux au vice-président Machar le 15 décembre.

Mais cette version est contestée par certains responsables du parti au pouvoir, qui affirment que les violences ont commencé quand des membres de la garde présidentielle appartenant à l'ethnie dinka de M. Kiir ont tenté de désarmer leurs collègues de l'ethnie nuer, dont est issu M. Machar. À partir de ce moment, les violences se sont propagées dans tout le pays, les soldats fidèles à M. Machar faisant défection et prenant le contrôle de territoires auparavant tenus par les forces loyalistes.

Plus de 1000 personnes ont été tuées et 200 000 autres ont été déplacées par les violences au Soudan du Sud depuis la mi-décembre.

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