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Présidentielle à Madagascar: le candidat du régime vainqueur, son adversaire conteste

03/01/2014 07:21 EST | Actualisé 05/03/2014 05:12 EST

Hery Rajaonarimampianina, soutenu par le régime sortant, a remporté l'élection présidentielle à Madagascar selon un décompte officiel rendu public vendredi, mais la confirmation de sa victoire dépendra de la décision d'une Cour chargée d'examiner les recours en annulation déposés par son adversaire.

Le vainqueur potentiel a appelé à la retenue dans l'attente de la décision de justice, attendue sous quinze jours: "Je lance un appel au calme à l'endroit de la population malgache en attendant le résultat définitif", a-t-il dit vendredi matin après l'annonce de sa victoire.

Agé de 55 ans, cet ancien ministre des Finances du régime dit "de Transition" a obtenu 53,50% des voix au second tour, contre 46,50% à Robinson Jean Louis, le candidat adoubé par l'ancien président Marc Ravalomanana.

M. Jean Louis, qui crie à la fraude depuis le scrutin du 20 décembre, a boycotté la cérémonie de proclamation des résultats au siège de la Commission électorale (Cenit) à Antananarivo. "J'attends juste la décision de la Cour électorale spéciale" (CES) a-t-il déclaré à l'AFP par téléphone.

Soutenu par l'ex-président Ravalomanana renversé en 2009, le Dr Jean Louis a déposé plus d'une centaine de recours pour dénoncer des "fraudes, défaillances et irrégularités", demandant l'invalidation du scrutin.

"Nous contestons de la manière la plus vigoureuse les résultats provisoires proclamés hâtivement par la Cenit", a-t-il déclaré vendredi soir. Et de s'estimer vainqueur du scrutin du 20 décembre avec 52,87% des voix, selon, dit-il, les procès-verbaux remontés par ses partisans depuis 95,1% des bureaux de vote.

Dans les jours suivant le scrutin, les deux camps estimaient avoir fait plus de 60% des voix.

Hery Rajaonarimampianina était le candidat d'Andry Rajoelina, l'homme qui avait renversé Marc Ravalomanana en 2009. Il s'est dit serein dans l'attente du verdict de la CES, et a accusé son adversaire d'être le seul à parler de fraudes --alors que son camp a également déposé des requêtes auprès de la Cour.

"C'est lui qui dit cela et non pas le peuple malgache, nous vivons maintenant dans le calme, il y a des résultats publiés par des institutions compétentes, plusieurs pays ont observé cette élection, ils ont tous dit le contraire, la sagesse maintenant est d'attendre le résultat officiel", a-t-il lancé.

Les observateurs n'ont rien remarqué

Ces fraudes présumées n'ont pas été constatées par les différentes missions d'observateurs étrangers, dont celle de l'Union européenne, déployées à Madagascar.

Si la CES n'est pas convaincue par les recours pour fraude de Robinson Jean Louis, ce dernier espère que la présence d'Andry Rajoelina --qui devait rester neutre-- aux meetings de Hery Rajaonarimampianina sera déclarée illégale.

La Cenit a défendu la validité de ses résultats: "Les résultats que nous allons transmettre à la Cour électorale spéciale reflètent totalement le choix des électeurs, il n'y a pas eu de voix en plus ni en moins", a déclaré sa présidente Béatrice Atallah, pour qui Hery Rajaonarimampianina est clairement arrivé en tête.

"Il appartient désormais à la Cour électorale spéciale, et à elle seule, une fois les éventuels recours examinés, de dire le droit et de proclamer les résultats définitifs du scrutin. Nous saurons alors de façon plus pérenne le nom du premier président de la quatrième République", a-t-elle néanmoins ajouté.

Cette élection est censée sortir Madagascar de la crise politique déclenchée en 2009 par le renversement de Marc Ravalomanana par Andry Rajoelina. Depuis près de cinq ans, ce dernier était le président d'un régime non élu. Madagascar s'est retrouvé au ban des nations, les investisseurs ont déserté et l'aide internationale s'est tarie, provoquant une grave crise économique et un appauvrissement général de la population.

Ni M. Ravalomanana, ni M. Rajoelina n'ont pu se présenter à la présidentielle, sous la pression de la communauté internationale qui craignait des troubles. Ils ont chacun choisi de soutenir l'un des deux candidats qualifiés pour le deuxième tour.

Discret ministre des Finances et du Budget, M. Rajaonarimampianina a su gérer tant bien que mal les finances publiques d'un pays privé d'aide internationale. Même si son implication dans le régime qui a dirigé l'île pendant plus de quatre ans lui vaut d'être soupçonné par ses adversaires d'avoir couvert certains trafics illégaux.

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