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Policiers et sans-abri, une relation difficile

03/01/2014 12:08 EST | Actualisé 05/03/2014 05:12 EST

La relation parfois difficile entre les policiers et les personnes itinérantes peut, du moins partiellement, expliquer l'altercation survenue, jeudi, entre un policier et un sans-abri à Montréal, croit le directeur général de la Mission Old Brewery, Matthew Pearce.

Dans une vidéo prise par un passant, un agent du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) menace un sans-abri vêtu très peu chaudement de l'attacher à un « poteau » par temps glacial, pour qu'il cesse un comportement jugé inapproprié envers des passants.

« Peut-être que quelqu'un qui n'est pas en uniforme et qui propose des solutions, des options, pourrait être mieux accueilli par cette personne », explique M. Pearce. Il estime que la seule présence de l'uniforme ajoute des obstacles entre le policier et la personne itinérante.

M. Pearce précise que des personnes itinérantes n'apprécient pas l'autorité et les règles. « Ils n'aiment pas nos règles, ils n'aiment pas notre couvre-feu, mais au moins ils ne gèlent pas », explique-t-il.

Le porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Ian Lafrenière, abonde en ce sens : « Ce sont des gens qui prennent la décision - on n'embarquera pas dans le débat à savoir s'ils la prennent en toute connaissance de cause - de rester à l'extérieur. Les convaincre d'aller dans un abri ou à l'hôpital, même pour leur santé, c'est très difficile. »

Les deux hommes conviennent toutefois que les propos de l'agent du SPVM, qui menace un itinérant légèrement vêtu de l'attacher à un poteau pendant une heure par grand froid, étaient déplacés. D'ailleurs, tous les intervenants - du maire de Montréal, Denis Coderre, au SPVM, en passant par des intervenants sociaux - déplorent les propos de l'agent.

Sans condamner l'ensemble des policiers, M. Pearce estime que les menaces de l'agent en question étaient contre-productives. « J'ai rarement considéré les menaces comme étant une façon efficace de diminuer les tensions dans une discussion », dit-il.

Une escouade spécialisée

Matthew Pierce et Ian Lafrenière s'entendent pour dire que l'intervention de l'Équipe mobile de référence et d'intervention en itinérance (EMRII) aurait été souhaitable dans une telle situation.

« C'est une équipe du SPVM qui comprend des agents de police spécialement formés pour gérer des cas de difficultés en ce qui concerne les personnes itinérantes dans l'espace public », explique M. Pierce. « Ces agents de police sont jumelés par des travailleurs sociaux. Alors, si l'on a eu des plaintes à l'égard de ce monsieur, on aurait pu faire appel à cette équipe qui est spécialement formée pour ce genre de situation. »

Le porte-parole du SPVM abonde en ce sens, ajoutant qu'une escouade traitant des urgences psychosociales [les UP], est également formée pour ce genre d'intervention. M. Lafrenière refuse toutefois de spéculer sur l'intervention de l'agent identifié sur les images vidéo. Il estime que l'application de protocoles, dans le métier de policier, s'avère souvent difficile en raison de l'imprévisibilité des comportements humains.

Outre l'escouade EMRII, le maire de Montréal précise que la Ville de Montréal a lancé un projet-pilote qui permet aux sans-abri de trouver refuge dans cinq stations du métro montréalais. M.Coderre fait de l'itinérance une priorité de son administration : « c'est important de créer de la richesse, mais il faut aussi la partager ».

En ce qui concerne le policier à l'origine de la controverse, il aura la chance de s'expliquer. Il sera rencontré par son commandant, explique M. Lafrenière, qui précise que ses propos - même s'il s'avère que l'itinérant était effectivement agressif - sont « inacceptables » et « inexplicables ».

Le maire Coderre est du même avis et il déplore que cet incident ternisse le travail de tous les policiers qui font un « travail extraordinaire ». « Un cas c'est un cas de trop », a déclaré M. Coderre qui laisse toutefois le soin au SPVM de traiter le dossier du policier.

« Ce qu'il y a de plus dommage [...], c'est que depuis lundi, nous avons deux ressources par quart de travail - des policiers qui sont volontaires, qui veulent rester au travail - pour faire la liaison avec les personnes vulnérables, avec justement les itinérants qui sont affectés par les grands froids qu'on vit », conclut M. Lafrenière.

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