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Passage du Nord-Ouest: les traversées risquent de s'y faire plus fréquentes

03/01/2014 05:13 EST | Actualisé 05/03/2014 05:12 EST

L'armateur danois qui a réussi la toute première traversée commerciale en empruntant le passage du Nord-Ouest, l'automne dernier, prévoit augmenter cette année la fréquence des expéditions dans cette voie navigable légendaire, ce qui laisse croire que le trafic maritime s'y imposera plus tôt que ce qu'avaient prévu de nombreux experts.

«Nous espérons pouvoir le faire — et nous nous attendons à le faire», a soutenu le représentant de l'entreprise danoise Nordic Bulk Carriers, Christian Bonfils, dont le navire Nordic Orion a été le premier cargo à traverser ces eaux réputées hostiles.

Le Nordic Orion a marqué l'histoire en septembre 2013 en empruntant ce passage — qui n'était encore, jusqu'à tout récemment, qu'une zone glacée et impénétrable —, pour transporter 15 000 tonnes de charbon de Vancouver jusqu'à la Finlande. Le voyage avait duré quatre jours de moins que si le navire avait dû emprunter le canal de Panama, et les eaux plus profondes de l'Arctique avaient permis de transporter environ 25 pour cent de plus de charbon.

Nordic Bulk Carriers avait aussi réalisé des économies d'environ 200 000 $ en empruntant le passage du Nord-Ouest.

«Notre traversée s'est très bien déroulée et nous n'avons accusé aucun délai majeur. Nous sommes très satisfaits», a affirmé M. Bonfils.

L'entreprise danoise a entrepris des démarches auprès du gouvernement canadien afin d'augmenter ses activités dans la région. Le nombre de traversées prévues fait actuellement l'objet de discussions, a précisé M. Bonfils.

«Il est encore trop tôt pour le savoir. Les possibilités évoluent à chaque année. Nous devons étudier attentivement ce qui est possible à l'heure actuelle.»

Un porte-parole du ministère canadien des Pêches et Océans, Kevin Hill, a confirmé que l'armateur danois avait discuté de ses plans de traversées multiples avec Ottawa. Il a ajouté que ces discussions avaient inclus la possibilité de l'appui de brise-glaces.

Une nouvelle ère

Une telle percée signifie que cette ère à laquelle plusieurs observateurs ne prévoyaient qu'un avenir lointain est déjà en cours, a souligné le professeur Rob Huebert, de l'université de Calgary, spécialiste des politiques sur l'Arctique. «La partie est commencée», a-t-il lancé.

Bien que de récents sondages n'aient démontré qu'un faible intérêt des expéditeurs pour le passage du Nord-Ouest, ce ne serait que le résultat d'une stratégie pour cacher leur jeu, selon M. Huebert.

En Russie, pas moins de 421 cargos ont déposé une demande de permis pour emprunter ce passage la saison dernière.

Et maintenant que Nordic Bulk Carriers a prouvé qu'il était possible de faire la traversée, les autres expéditeurs devraient peu à peu imiter l'entreprise danoise, a indiqué le professeur de l'université Carleton John Higginbotham, ancien sous-ministre adjoint des Transports. «S'il y a de l'argent à faire, les cargos vont y aller.»

Une seule traversée commerciale ne signifie toutefois pas que le passage du Nord-Ouest se soit déjà transformé en canal de Suez, qui accueille pas moins de 18 000 navires par année.

Par ailleurs, le passage du Nord-Ouest manque de cartes de navigation maritime, de ports, de postes de recherche et sauvetage, et de brise-glaces disponibles pour les navires. Contrairement à la Russie, le Canada n'a toutefois pas l'intention d'améliorer ses infrastructures dans l'immédiat.

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