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L'humoriste controversé Dieudonné accusé d'attiser la haine en France

03/01/2014 09:30 EST | Actualisé 05/03/2014 05:12 EST

L'humoriste controversé Dieudonné, dont les spectacles accusés d'attiser la haine sont menacés d'interdiction en France, s'attire par de violentes saillies antisémites et racistes, plusieurs fois sanctionnées par la justice, un public friand de transgressions.

La menace d'une interdiction de ses spectacles lors d'une tournée en France qui débute le 9 janvier fait polémique dans les médias et au sein de la classe politique, en dépit d'une condamnation unanime de ses propos.

Dieudonné M'Bala M'Bala, qui s'est fait connaître par des duos avec un comique juif voici plus de vingt ans, a multiplié ces dernières années les sketches provocateurs sur scène et sur les plateaux de télévision, lui conférant un caractère sulfureux qui lui a valu d'être peu à peu banni de la plupart des médias et d'être condamné huit fois par les tribunaux.

Par la voix de son avocat, ce métis de mère française et de père camerounais se défend d'être antisémite en brandissant le rire "par l'outrance", tout en assumant un parcours singulier qui l'a mené du combat contre le racisme à un rapprochement avec le parti d'extrême droite Front national et les thèses révisionnistes sur la Shoah.

Après un commentaire de l'humoriste visant un journaliste juif de la radio France Inter, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a dit chercher la semaine dernière à interdire les représentations de Dieudonné, qualifié de "petit entrepreneur de la haine", à l'aune du risque de "trouble à l'ordre public".

Dieudonné lançait lors d'un spectacle : "Quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz... Dommage". Lors de ses spectacles parisiens, entre one-man-show et meeting politique, les blagues sur les Juifs foisonnent pour le plus grand plaisir de l'auditoire, des jeunes, Blancs, Noirs et Maghrébins.

La démarche de M. Valls a été accueillie par de nombreuses réserves, notamment au nom de la liberté d'expression et du risque de victimisation de l'intéressé.

"Le Pen de gauche"

Vendredi, le ministre a appelé les services de l'Etat à imposer à Dieudonné, qui se dit insolvable, le paiement des amendes pour ses condamnations s'élevant au total, selon des sources judiciaires, à 65.000 euros.

Né en 1966 en banlieue parisienne, Dieudonné devient célèbre dans les années 1990 pour ses sketches en duo avec l'humoriste juif Elie Semoun.

Il se présente en 1997 aux élections législatives comme candidat contre l'extrême droite en déclarant que "le seul parti qui m'inquiète et contre lequel je m'engage, c'est le Front national", parti créé par Jean-Marie Le Pen alors en pleine ascension.

Après avoir été candidat en 2004 aux élections européennes sur une liste "Euro-Palestine", il avait été en 2009 le chef de file d'une "liste antisioniste".

Après moult polémiques, celui qui a été surnommé par certains le "Le Pen de gauche" se rapproche officiellement du fondateur du FN en 2006. Ce dernier devient même en 2008 le parrain d'un de ses enfants.

Selon Jean-Yves Camus, expert de l'extrême droite, c'est la liberté de parole de Dieudonné qui séduit un auditoire croissant en France, certaines de ses vidéos ayant été vues plus de deux millions de fois sur YouTube.

"Ce qui explique son succès, c'est que Dieudonné dit des choses qui ne sont pas légales et des choses que certains voudraient dire mais ne peuvent pas à cause de la législation interdisant le déni de l'Holocauste et les propos antisémites. Curieusement, plus il dit des choses que la loi interdit, plus il est populaire", poursuit M. Camus.

Dieudonné a par ailleurs popularisé un geste qu'il a baptisé "quenelle", vu par certains comme un geste antisystème ou un salut nazi inversé - bras et main tendus vers le sol, l'autre bras replié touchant l'épaule.

Ce geste fait l'objet d'un concours spontané parmi ses fans, le but étant d'être pris en photo en exécutant le geste, en particulier dans des gestes symboliques liés à la communauté juive. Le footballeur Nicolas Anelka, proche de Dieudonné, a suscité une nouvelle polémique en fêtant samedi par une "quenelle" un but en championnat d'Angleterre.

Signe d'une inquiétude croissante, la Commission de l'immigration et de la diaspora du Parlement israélien s'est spécialement réunie lundi. "Ce n'est qu'un geste, mais si on n'agit pas avec détermination, il se transformera en actes violents", a mis en garde le président de cette Commission, Yoël Razbozov.

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