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Le policier qui a menacé un sans-abri sera rencontré par ses supérieurs

03/01/2014 11:38 EST | Actualisé 05/03/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - Le policier de Montréal qui a menacé un sans-abri de «l'attacher à un poteau pendant une heure» s'il continuait de mendier avec insistance, jeudi après-midi, devait être rencontré par ses supérieurs vendredi.

Des mesures disciplinaires allant d'un simple avis verbal jusqu'à des journées de suspension pourraient être prises à son endroit, a précisé en entrevue le porte-parole du Service de police de la ville de Montréal (SPVM), Ian Lafrenière.

Depuis jeudi soir, une vidéo d'un segment de l'intervention, tournée semble-t-il par un passant, fait grand bruit sur les médias sociaux. On y voit un agent interpeller un sans-abri, légèrement vêtu par une température sibérienne, et lui demander de modérer ses ardeurs lorsqu'il demande de l'argent aux passants, puisque certains auraient porté plainte contre lui au 9-1-1.

L'agent poursuit en affirmant que si un autre citoyen contacte la police à son sujet, il jure de «l'attacher à un poteau pendant une heure».

En entrevue, M. Lafrenière a qualifié les propos de l'agent «d'inacceptables» et «d'inexplicables». Il a toutefois tenu à spécifier que la vidéo ne montre que la fin de l'intervention auprès du sans-abri.

«Lorsqu'on regarde l'intervention au complet, on voit très bien (...) que le policier a tenté de convaincre l'itinérant de monter dans la voiture de patrouille, ce qui a été refusé, et qu'il a tenté de le convaincre d'aller dans un abri, une ressource, ce qui a été refusé aussi.

«C'est vraiment la fin de l'intervention — le choix des mots — qu'on s'explique très mal», a indiqué M. Lafrenière, qui s'interroge quand même sur le sérieux de la menace. «Est-ce que son intention était de faire ce qu'il a menacé de faire?»

Il déplore d'ailleurs que l'attitude de cet agent d'un poste de quartier porte ombrage au travail mené par les policiers de Montréal auprès de ceux et celles qui vivent dans la rue depuis le début de cet épisode de froid polaire.

«Ce qui est bien triste pour nous, c'est que depuis lundi, on a deux policiers sur chaque quart qui sont volontaires — qui restent au travail pour faire le lien avec les personnes itinérantes, les personnes vulnérables —, pour s'assurer que tout le monde se porte bien avec ces températures très froides, fait valoir M. Lafrenière. Cette vidéo a jeté de l'ombre sur le travail de ces policiers-là.»

Des policiers de l'escouade Urgence psychosociale ont finalement réussi à localiser l'itinérant dans la nuit de vendredi, et à le convaincre de se rendre à l'hôpital. «Il se porte bien», a signalé M. Lafrenière.

Le maire Coderre

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a qualifié les propos du policier de «totalement inacceptables».

«Il n'y a rien qui excuse ce genre de propos», a-t-il indiqué lors d'une activité publique au port de Montréal, vendredi matin.

Le maire a raconté qu'il avait appris l'existence de la vidéo sur les réseaux sociaux dès jeudi soir, et qu'il avait aussitôt appelé le directeur du SPVM, Marc Parent, pour en discuter. «Tout ce qui touche le disciplinaire, ce n'est pas moi qui vais m'en occuper, c'est Marc Parent», a-t-il précisé vendredi.

«Ce que je comprends, c'est qu'on a pris en charge l'itinérant, a-t-il dit. Je comprends qu'on l'a retracé en fin de soirée (jeudi), qu'il est maintenant à l'hôpital et qu'on s'est bien occupé de lui.»

M. Coderre a par ailleurs rappelé certains efforts du SPVM pour aider les itinérants par temps très froid.

«Je ne veux pas banaliser le geste inacceptable qui a été posé, mais il est aussi important de mentionner qu'il ne faut pas généraliser — qu'il y a quand même un travail qui s'est fait pendant ce froid sibérien.

«C'est juste regrettable, mais il ne faudrait pas mettre tout le monde dans le même bain», a-t-il estimé.

Le maire en a profité pour rappeler une de ses promesses électorales de l'automne dernier: créer en 2014 une agence sociale pour l'itinérance. «Dans les prochaines semaines déjà, je vais parler avec les représentants des refuges, les organismes, et on va se donner une stratégie pour la question de l'itinérance», a-t-il indiqué vendredi.

«Il faut envoyer un message de sensibilisation pas seulement au niveau des policiers mais de l'ensemble de la population. C'est un dossier complexe, c'est une réalité de santé mentale également, donc il faut que tous les intervenants à une même table — le politique, le bureaucratique, la santé publique, le policier — tout le monde doit travailler ensemble avec le communautaire pour s'assurer que ça ne se reproduise plus.»

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