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Le Liban, paralysé politiquement, risque de nouvelles violences (analystes)

03/01/2014 09:58 EST | Actualisé 05/03/2014 05:12 EST

Secoué par une nouvelle vague d'attentats depuis six mois, le Liban devra se préparer à davantage de violences en pleine paralysie politique due aux profondes divisions entre camps rivaux exacerbées par le conflit en Syrie voisine, estiment des analystes.

Jeudi, quatre personnes sont mortes dans un attentat dans les quartiers sud de Beyrouth, fief du puissant Hezbollah chiite, moins d'une semaine après l'assassinat d'un dirigeant sunnite.

Ces attentats sont les derniers d'une série d'incidents illustrant les effets du conflit syrien sur la situation politique et sécuritaire instable du Liban.

"Je m'attends à une détérioration grandissante de la situation en terme de sécurité" indique Hilal Khashan, professeur de sciences politiques à l'Université américaine de Beyrouth (AUB).

"Les explosions sont une conséquence directe de la situation en Syrie, or la recherche d'une solution à la crise syrienne est au point mort", explique-t-il à l'AFP.

Les conséquences de ce conflit sont lourdes sur une scène politique libanaise, traditionnellement fragmentée, dont toutes les institutions sont à l'arrêt.

Le gouvernement s'est écroulé il y a neuf mois, lorsque le Premier ministre a démissionné, et les négociations sur la formation d'un gouvernement sont dans l'impasse.

Les élections législatives ont été repoussées, et il n'est pas sûr que le scrutin présidentiel prévu en mai ait lieu.

Ces tensions prennent racine dans la profonde division entre le Hezbollah allié de l'Iran et la Coalition dite du 14 mars, mouvement pro-occidental lancé en réaction à l'assassinat en 2005 de l'ancien Premier ministre sunnite Rafiq Hariri.

Cette division n'a fait qu'empirer avec la décision du Hezbollah d'envoyer des hommes combattre aux côtés de l'armée syrienne, contre une rébellion soutenue par nombre de sunnites libanais.

"Il y a une division profonde et fondamentale dans ce pays", explique Karim Makdisi, professeur de sciences politique à l'AUB.

"Cela revient par vague. Le problème de fond subsiste, et quand surgit une crise régionale spécifique, tout cela remonte à la surface", résume-t-il.

Depuis le début de la guerre en Syrie en mars 2011, le Hezbollah a été la cible de quatre attentats dans son bastion de Beyrouth sud, dont un double attentat suicide contre l'ambassade d'Iran.

Ces attaques soulignent une vulnérabilité inhabituelle du mouvement armé, et une tendance à la radicalisation des sunnites au Liban, estime Sahar Atrash, analyste pour l'International crisis group.

Selon elle, le conflit en Syrie, l'intensification de la propagande confessionnelle et un vide dans les instances dirigeantes de la communauté sunnite au Liban contribuent à cette tendance.

Les dirigeants habituels de la communauté sunnite "perdent du terrain face à des gens plus radicaux", souligne-t-elle, parce qu'aux yeux de beaucoup, ils "ne se sont pas avérés assez forts pour intervenir contre le Hezbollah". Ce qui est devenu encore plus problématique quand le Hezbollah s'est mis à soutenir militairement le régime syrien.

"La Syrie n'a fait qu'ajouter une nouvelle couche à toute cette division sunnite/chiite", estime-t-elle.

Un jeu très dangereux

Le Liban a été dévasté par une guerre civile entre 1975 et 1990, et le fragile équilibre communautaire atteint après ce conflit s'inscrit dans un système politique complexe, fréquemment en crise.

En mars, le Premier ministre Najib Mikati a démissionné, et depuis, l'absence totale de consensus entre le Hezbollah et la coalition du 14 mars a empêché la formation d'un gouvernement intérimaire.

A cela s'ajoute la prochaine expiration du mandat du président Michel Sleimane, qui doit, selon une tradition consensuelle qui date de l'après mandat français, être de confession chrétienne.

"Je n'imagine pas les deux camps s'asseoir à la même table et se mettre d'accord sur un gouvernement ou un président", explique Sahar Atrash. "La division est si profonde et les enjeux si importants, existentiels mêmes pour eux, que personne ne voudra faire de compromis".

Pour M. Makdisi, les politiciens libanais font preuve d'une "incroyable irresponsabilité". "Je ne pense pas qu'il y ait une stratégie derrière tout ça, et je pense que chaque camp joue un jeu très dangereux".

Il souligne aussi les influences régionales, l'Arabie saoudite d'un côté, dont l'emprise s'étend sur une grande partie de la communauté sunnite, et l'Iran de l'autre, qui finance et entraîne le Hezbollah.

La seule solution pour le pays, selon lui, serait que les Saoudiens et les Iraniens trouvent un accord, d'une façon ou d'une autre.

En attendant, l'avenir libanais semble autant dans l'impasse que la situation en Syrie, et il le restera tant qu'un règlement soir trouvé au conflit syrien, parie Hilal Khashan.

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