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En 2014, la gauche face au défi de la continuité en Amérique latine

03/01/2014 10:53 EST | Actualisé 05/03/2014 05:12 EST

L'Amérique latine s'apprête à vivre une année riche en scrutins, du Salvador à l'Uruguay, avec pas moins de sept présidentielles dont l'issue ne devrait pas remettre en cause l'emprise de la gauche sur le continent, selon les experts.

Des leaders de premier plan tels que la Brésilienne Dilma Rousseff (gauche), le socialiste Bolivien Evo Morales et le conservateur Colombien Juan Manuel Santos soumettront leur bilan aux électeurs, et devraient rempiler si l'on se fie aux pronostics. De son côté l'Uruguayen José Mujica, figure de la gauche continentale, est empêché de se représenter par la Constitution.

Aujourd'hui, seuls la Colombie et le Paraguay sont gouvernés par la droite en Amérique du Sud. Et la mainmise de la gauche sur les principaux pays d'Amérique latine, consolidée mi-décembre par la nouvelle élection de l'ex-présidente socialiste Michelle Bachelet au Chili, se semble pas menacée en cette année électorale, estiment les experts.

Brésil, Bolivie et Uruguay devraient rester à gauche en octobre

Au Brésil, Mme Rousseff, 66 ans, est favorite dans les sondages pour la présidentielle d'octobre, même si sa candidature n'a pas encore été annoncée officiellement.

La popularité de l'ex-guérillera de gauche gagne de nouveau du terrain après avoir sérieusement pâti d'une fronde sociale en juin dernier. Et si sa cote demeure aujourd'hui loin des 79% enregistrés en mars, l'"effet Coupe du monde" pourrait jouer en sa faveur, surtout en cas de victoire du Brésil au pays du football-roi.

"Les sondages de fin 2013 montraient que la présidente l'emporterait dès le premier tour si l'élection avait eu lieu à ce moment-là", relève David Fleischer, professeur de sciences politiques à l'Université de Brasilia, qui met également l'accent sur la "faiblesse" de l'opposition brésilienne.

Selon l'expert, les mauvaises performances économiques comme l'inflation ne devraient pas trop influer sur le vote, mais un mouvement social similaire à celui de 2013 serait selon lui susceptible d'engendrer un scrutin plus disputé que prévu.

Autre favori à la réélection, le socialiste d'origine aymara Evo Morales, au pouvoir depuis 2006, caracole en tête des sondages en Bolivie, où ses efforts en faveur des plus démunis font recette.

Sa candidature à un troisième mandat en octobre est en principe interdite par la Constitution, mais la Cour constitutionnelle l'a autorisé à se représenter, estimant qu'il s'agirait de sa première réélection depuis l'adoption de la nouvelle Constitution en 2009. Une situation à laquelle l'opposition semble s'être résignée.

"L'élection semble jouée d'avance, le parti au pouvoir est en campagne depuis l'année dernière", explique le docteur en sciences politiques Jorge Lazarte, mettant l'accent sur une opposition affaiblie qui se remet à peine d'une crise interne de plusieurs années.

En Colombie, les législatives et la présidentielle prévues les 16 et 25 mai seront cruciales pour l'avenir du pays, mais aussi pour le devenir des pourparlers historiques lancés il y a plus d'un an entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et la rébellion des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) pour mettre fin à un conflit qui ravage le pays depuis près d'un demi-siècle.

Selon enquêtes et experts, M. Santos pourrait être contraint à disputer un second tour, mais le seul président de droite des "grands" pays du continent devrait se maintenir sauf imprévu.

"Juan Manuel Santos a lié de manière très habile le processus de paix à son maintien à la présidence" et devrait en récolter les fruits, explique le politologue et universitaire Jairo Libreros.

En Uruguay, petit pays du cône sud-américain, l'ex-guérillero de gauche Jose Mujica ne peut se représenter immédiatement en vertu de la Constitution.

Son bilan, fort de quelques lois avant-gardistes telles que la légalisation du cannabis qui ont provoqué un fort écho à l'étranger, est à nuancer avec des résultats moins probants à l'intérieur du pays. Mais son prédécesseur, le cancérologue Tabare Vazquez (2005-2010), membre de la même coalition de gauche et bénéficiant d'une forte popularité, reste à ce jour le grand favori du scrutin d'octobre.

"Il me paraît réellement très improbable que Tabare Vazquez, en fin de compte, échoue dans sa tentative d'être réélu président", estimait récemment le politologue Adolfo Garce.

Des scrutins incertains en Amérique centrale

Les premiers scrutins de 2014 se tiendront le 2 février au Salvador et au Costa Rica.

Au Salvador, la bataille s'annonce serrée pour la succession de Mauricio Funes, limité à un seul mandat, qui avait mis fin à 20 ans d'hégémonie de la droite en 2009.

L'actuel vice-président et ex-commandant rebelle Salvador Sanchez Ceren, du Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN, ex-guérilla de gauche, au pouvoir) et le maire de Salvador Norman Quijano (droite) devraient se retrouver pour le second tour deux mois plus tard.

Le Costa Rica, où la présidente conservatrice Laura Chinchilla ne peut se représenter immédiatement, pourrait aussi voir la tenue d'un deuxième tour en avril. L'ex-maire de San Jose Johnny Araya (du parti au pouvoir), considéré dans un premier temps comme le grand favori, semble aujourd'hui menacé dans les sondages par l'émergence du jeune député Jose Maria Villalta (coalition de gauche).

Enfin au Panama, les électeurs devront choisir en mai un successeur au président conservateur Ricardo Martinelli. Le richissime homme d'affaires est empêché de briguer un nouveau mandat avant 2024 et devra céder son siège à l'un des trois favoris: l'actuel vice-président Jose Domingo Arias, le social-démocrate Juan Carlos Navarro et l'ex-maire conservateur de Panama Juan Carlos Varela.

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