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Soudan du sud: les belligérants sur le point d'engager des pourparlers en Ethiopie

02/01/2014 06:08 EST | Actualisé 04/03/2014 05:12 EST

Les délégations du président sud-soudanais Salva Kiir et de l'ex-vice président Riek Machar, chef de la rébellion qui combat l'armée au Soudan du Sud, étaient prêtes jeudi à entamer des pourparlers de paix à Addis Abeba, où elles se sont installées dans un même hôtel.

Ces pourparlers visent à mettre fin à un conflit qui dure depuis la mi-décembre, et qui a déjà fait des milliers de morts dans ce pays africain indépendant depuis 2011.

"Nous sommes prêts pour les discussions", a déclaré un membre de la délégation rebelle, qui a ajouté néanmoins que l'incertitude persistait quant à l'heure et aux modalités des pourparlers.

Les troupes rebelles sont notamment actives dans le nord, région pétrolière, et dans l'Est.

Tous les membres des délégations n'étant pas arrivés dans la capitale éthiopienne, les discussions "en tête à tête" pourraient ne pas commencer jeudi.

Le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Tedros Adhanom, avait annoncé mercredi que "des discussions informelles" se tiendraient dès jeudi.

Selon l'Igad (Autorité intergouvernementale pour le développement en Afrique de l'Est), l'organisation régionale qui doit chapeauter les discussions, les pourparlers porteront d'abord sur la façon de mettre en oeuvre un cessez-le-feu, ensuite sur la manière de résoudre les différends politiques qui ont "conduit à (...) la confrontation actuelle".

Les combats ont commencé le 15 décembre, quand M. Kiir a accusé M. Machar -limogé de son poste en juillet 2013- d'avoir tenté un coup d'Etat.

M. Machar a rejeté cette accusation, accusant en retour le président d'avoir voulu éliminer ses rivaux.

"Les conditions sanitaires empirent"

Malgré un ultimatum des pays de l'Igad lancé aux deux parties pour cesser les hostilités au 31 décembre, les combats se sont poursuivis.

Le porte-parole du gouvernement avait confirmé mercredi la prise de la ville stratégique de Bor, capitale de l'Etat du Jonglei (est), par les rebelles mardi.

C'est la troisième fois depuis le début des combats que la ville change de mains.

A Bor, les civils connaissent "un besoin croissant d'eau, de nourriture, de médicaments, et les conditions sanitaires empirent", a dit le responsable de l'aide humanitaire de l'ONU dans le pays, Toby Lanzer.

Mercredi, la représentante du secrétaire générale de l'ONU au Soudan du Sud, Hilde Johnson, avait cependant affirmé que Bor, ainsi que la plupart des foyers de violences des derniers jours dans les Etats d'Unité (nord) et du Haut-Nil (nord-est), étaient "calmes".

Mardi, Riek Machar, qui excluait tout cessez-le-feu et tout face-à-face direct avec Salva Kiir dans l'immédiat, avait assuré que la rébellion marchait aussi sur la capitale sud-soudanaise Juba.

Le conflit aurait déjà fait des milliers de morts et près de 200.000 déplacés. Selon le Comité international de la Croix Rouge, des dizaines de milliers de personnes ont notamment fui le Jonglei, et traversé le Nil blanc pour trouver refuge dans l'Etat voisin des Lacs.

Des informations ont aussi émergé sur des viols, meurtres, massacres à caractère ethnique. Car les combats revêtent également une dimension tribale : la rivalité entre les deux hommes utilise et exacerbe les antagonismes entre Dinka, tribu de M. Kiir, et Nuer, celle de M. Machar.

La Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss) a dénoncé les "atrocités" commises dans le pays par les deux camps, et évoqué la possibilité d'ouvrir une enquête. Selon Mme Johnson, des exécutions de civils et de soldats faits prisonniers ont eu lieu à Juba, à Bor mais aussi à Malakal, capitale du Haut-Nil.

L'Union africaine a exprimé "la consternation et la déception de l'Afrique de voir la plus jeune nation du continent descendre si vite dans l'abysse de conflits internes", mettant en garde contre le risque d'une "guerre civile totale aux lourdes conséquences pour la paix, la sécurité et la stabilité régionales".

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