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É.-U.: le brut transporté par rail est plus dangereux, annonce-t-on

02/01/2014 04:27 EST | Actualisé 04/03/2014 05:12 EST

BILLINGS, États-Unis - À la suite d'une série de déraillements catastrophiques, des responsables américains ont annoncé jeudi que le pétrole brut des Prairies américaines transporté de nos jours par rail aux États-Unis et au Canada pourrait s'avérer plus inflammable que le pétrole «traditionnel».

Une alerte de sécurité émise par le département américain des Transports met le public, les premiers répondants et les transporteurs en garde contre la possible volatilité du brut expédié à partir de la région pétrolière de l'est du Montana et de l'ouest du Dakota du Nord, devenu le deuxième plus important producteur de pétrole au pays.

Cet avertissement survient après une importante explosion provoquée par le déraillement d'un train chargé de pétrole, lundi dernier, près de Casselton, dans le Dakota du Nord. Personne n'a été blessé, mais des inquiétudes à propos de vapeurs toxiques ont forcé l'évacuation de centaines de résidants de cette petite ville de l'est de l'État.

Le développement pétrolier dans la région pétrolière de Bakken a réduit la dépendance américaine envers les importations d'or noir et créé des milliers d'emplois aux États-Unis. Mais alors que les compagnies se fient de plus en plus aux chemins de fer pour transporter ce pétrole vers les lucratifs marchés côtiers, la sécurité publique dans les communautés traversées par les rails est devenue un important sujet d'inquiétude.

En juillet dernier, 47 personnes ont été tuées à Lac-Mégantic lorsqu'un train transportant du brut de la région de Bakken a déraillé. Un autre convoi pétrolier a déraillé et explosé en Alabama en novembre, ne faisant aucune victime mais menant au déversement de plus de 2,8 millions de litres de pétrole.

Le volume de pétrole transporté par train aux États-Unis a fortement augmenté depuis 2009, passant d'un peu plus de 10 000 wagons-citernes à une estimation de 400 000 en 2013.

L'alerte de sécurité de jeudi découle en partie de résultats de tests préliminaires effectués sur le pétrole de Bakken pour en déterminer la dangerosité, a indiqué Jeannie Shiffer, du département des Transports. Selon elle, il est important de connaître la volatilité du pétrole afin qu'il soit correctement manipulé lors du transport.

Cette question de la volatilité revêt une importance particulière pour les pompiers et les autres intervenants d'urgence, qui doivent gérer les accidents semblables à celui de Casselton, soutient Fred Millar, un consultant en sécurité ferroviaire de Virginie.

Bien qu'il semble évident que le pétrole brut soit dangereux, ce message n'a pas été entièrement partagé avec les centaines d'administrations des villes et comtés américains qui ont constaté une augmentation du nombre de convois pétroliers, ajoute M. Millar, avant de poursuivre en laissant entendre que les transporteurs ferroviaires devraient envisager de faire passer ces convois autour des zones très populeuses.

Après la catastrophe de Lac-Mégantic, des responsables fédéraux américains ont émis une demande pour que les compagnies évaluent leur pétrole en fonction d'une échelle de dangerosité des matériaux, qu'il s'agisse d'un risque élevé, d'un risque moyen ou d'un risque faible.

L'annonce de jeudi va un peu plus loin, en déclarant que le brut léger de Bakken — extrait des formations rocheuses à l'aide de la méthode de la fracturation hydraulique — pourrait être différent du brut lourd traditionnel, puisqu'il pourrait prendre feu à des températures plus basses.

La volatilité du pétrole varie d'un champ pétrolifère à un autre, et est largement influencée par la densité du brut, mentionne Kenneth Medlock, premier directeur du Center for Energy Studies à l'Université Rice, à Houston. Les pétroles plus légers, qui contiennent davantage de gaz naturel, ont un point de combustion moins élevé — soit la température à laquelle les vapeurs dégagées par le pétrole peuvent prendre feu.

Larry Bierlein, un avocat pour l'Association of Hazmat Shippers, a remis en question l'importance de l'annonce de jeudi en raison du fait que le pétrole est habituellement expédié dans le même type de wagon, et ce peu importe sa volatilité. Les problèmes qui font en sorte que les wagons traditionnels risquent d'éclater sont connus depuis plus de 20 ans.

Me Bierlein propose plutôt que le gouvernement adopte une proposition de longue date pour améliorer ces wagons, appelés DOT-111.

«Ils ont perdu la notion de ce qui entoure l'aspect de la sécurité», dit-il en parlant du département des Transports. Les autorités réglementaires du Dakota du Nord ont indiqué le mois passé qu'elles envisageaient présenter un rapport pour déconstruire l'hypothèse voulant que le transport du brut par rail soit dangereux. Jeudi, un responsable de l'État a fait savoir que ce plan avait été annulé dans la foulée du déraillement à Casselton.

Au Canada, le gouvernement conservateur a annoncé en octobre plusieurs modifications en ce qui concerne le transport du brut. La ministre des Transports, Lisa Raitt, a émis un ordre, tout juste au lendemain du discours du Trône, obligeant les entreprises transportant ou important du pétrole brut de l'analyser afin de le classifier correctement. Les résultats doivent être transmis à Transports Canada, sur demande.

Lorsque cet or noir emprunte une voie ferrée, il doit également être expédié comme un produit dont le niveau de danger est maximal.

Le gouvernement canadien a également annoncé que les compagnies de chemin de fer devront contracter une assurance additionnelle pour «répondre de leurs actes» en cas de catastrophe.

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