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L'année 2013 aura été la plus meurtrière en Irak depuis 2008

01/01/2014 07:33 EST | Actualisé 03/03/2014 05:12 EST

L'année 2013 a été la plus meurtrière en Irak depuis cinq ans, selon des chiffres publiés mercredi, en raison d'une flambée de violences alimentée par le mécontentement de la minorité sunnite et le conflit en Syrie voisine.

Et contrairement à 2008, la violence continue à s'intensifier, a souligné dans un communiqué l'ONG Iraq Body Count qui répertorie les victimes civiles des violences en Irak depuis l'invasion menée par les Etats-Unis en 2003.

"Il faut revenir à 2008 pour trouver des niveaux de violence comparables", a estimé Iraq Body Count. "En 2008 cependant, le nombre de victimes était en baisse par rapport aux bilans beaucoup plus lourds de 2006 et 2007, et la seconde moitié de 2008 a été moins violente que la première", souligne l'ONG basée en Grande-Bretagne.

"En 2013, la tendance va dans le sens inverse: environ deux tiers des décès sont intervenus durant le deuxième semestre".

Des bombes ont dévasté des marchés, des terrains de foot ou des mosquées, des insurgés ont attaqué des prisons, des commissariats ou autres locaux gouvernementaux, et des personnes ont été tuées à leur domicile.

Les vastes opérations des forces de sécurité irakiennes n'ont pas permis de ralentir cette vague de violences, et les arrestations massives qu'elles ont parfois mené risquent à terme de mettre de l'huile sur le feu.

Si les bilans varient beaucoup d'une source à l'autre, tous mettent en évidence une importante augmentation des violences.

Selon IBC, 9.475 civils ont été tués en 2013 en Irak, contre 10.130 en 2008.

Le gouvernement irakien a fait état de 7.154 personnes tuées dans les violences sur l'année, en comptant membres des forces de sécurité et insurgés, contre 8.995 en 2008.

Entre 2008 et 2013, les bilans étaient beaucoup plus bas, parfois moitié moindres de ceux évoqués pour 2013.

Les Nations unies ont de leur côté décompté 7.818 civils et policiers tués en 2013, soit plus que les 6.787 tués en 2008.

"Il s'agit d'un triste et terrible record qui confirme une fois de plus la nécessité pour les autorités irakiennes de s'attaquer à la racine des problèmes pour faire cesser cet engrenage infernal", a souligné le représentant de l'ONU en Irak, Nickolay Mladenov, dans un communiqué.

Deux principaux éléments expliquent cette flambée de violences, selon des experts.

D'une part le mécontentement qui se répand au sein de la minorité sunnite, qui s'estime discriminée par les autorités dominées par les chiites, et prise pour cible injustement dans le cadre de la campagne anti-terroriste menée par des forces de sécurité à la main lourde.

Cette colère a facilité le recrutement par les groupes d'insurgés extrémistes sunnites et diminué la volonté de la population de coopérer avec les forces de sécurité.

Signe de ce mécontentement, des mobilisations anti-gouvernementales ont éclaté dans les régions à majorité sunnites fin 2012, et continué depuis.

Lundi, l'armée a démantelé un important camp de protestataires sunnites à Ramadi (ouest). Elle avait mené une opération similaire en avril 2013 à Hawijah (nord), entraînant des heurts qui ont fait des dizaines de morts et déclenché une vague d'attaques en représailles.

"Les islamistes radicaux en ont profité pour intensifier leurs attaques, érodant petit à petit l'efficacité des forces de sécurité", a estimé John Drake, spécialiste sécurité pour la firme de gestion de risque AKE Group.

La guerre civile en Syrie a d'autre part exacerbé les violences en donnant aux insurgés un "coup de pouce stratégique".

"Il ont désormais la possibilité de créer une espèce de zone sûre à cheval sur la frontière entre les deux pays, dans laquelle ils peuvent évoluer avec une interférence minimale des autorités", a expliqué M. Drake.

"Cela peut leur permettre d'organiser des entraînements, construire des bombes, collecter des fonds et rassembler des recrues, pour assoir leur autorité et préparer de nouvelles" attaques.

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