NOUVELLES

Turquie: le scandale de corruption provoque encore une défection dans le camp du pouvoir

31/12/2013 08:13 EST | Actualisé 02/03/2014 05:12 EST

Le scandale de corruption qui éclabousse le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a provoqué mardi une nouvelle défection dans le camp du pouvoir, alors que le gouvernement s'efforçait de rassurer les marchés sur l'impact économique de la crise.

Deux semaines après le coup d'envoi de l'opération judiciaire qui fait tanguer le sommet de l'Etat turc, le député Hasan Hami Yildirim a claqué la porte du Parti de la justice et du développement (AKP) pour dénoncer les tentatives d'intimidation exercées par le pouvoir politique sur la justice et la police.

"La pression sur le procureur Muammer Akkas est inacceptable. Cette pression ne peut pas être considérée comme légitime dans un Etat de droit", a déclaré M. Yildirim sur son compte Twitter.

Dans une sortie publique inédite, ce magistrat a révélé la semaine dernière que la police judiciaire avait refusé d'exécuter les mandats d'arrêt qu'il avait délivrés contre une nouvelle charrette d'une trentaine d'hommes d'affaires et d'élus, tous réputés proches du pouvoir, avant d'être dessaisi du dossier.

Depuis le début du scandale, qui a provoqué la démission de trois ministres et un large remaniement ministériel, le gouvernement a purgé la haute hiérarchie de la police de plusieurs dizaines de ses hauts gradés, et nommé de nouveaux procureurs.

Lundi soir, le porte-parole du gouvernement Bülent Arinç a renouvelé ses menaces à l'endroit des magistrats qui sortiraient du rang en promettant "de faire tout ce qui est nécessaire, judiciairement ou légalement, contre ceux qui abusent de leurs pouvoirs".

A trois mois des élections municipales, la tempête politico-judiciaire provoquée par cette affaire a déjà entraîné le départ de cinq députés de l'AKP, dont deux anciens ministres.

Même si elle ne remet pas en cause la majorité dont elle dispose à l'Assemblée (320 sièges sur 550), cette vague de départs a révélé au grand jour les divisions au sein du camp islamo-conservateur, qui règne sans partage sur le pays depuis 2002.

Avant eux, deux autres députés de l'AKP, dont l'ancienne vedette du football turc Hakan Sukur, ont également déserté le parti de M. Erdogan ce mois-ci pour dénoncer la volonté du gouvernement de supprimer certaines écoles privées.

"Mini-coup d'Etat"

Ce projet a déterré la hache de guerre entre le gouvernement et la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen, très longtemps alliée de l'AKP.

En retour, le Premier ministre a accusé ce mouvement, très influent dans la police et la magistrature turques, d'être à l'origine d'un "complot" visant, à travers cette enquête, à nuire à son gouvernement et au pays tout entier.

Depuis plusieurs jours, M. Erdogan dénonce cette "conspiration" "criminelle" et assure qu'il en triomphera, comme il a réussi à surmonter l'épreuve de la vague de manifestations dites de "Gezi" qui a fait trembler son régime en juin dernier.

"C'est une tentative de mini-coup d'Etat", a lui aussi dénoncé mardi son vice-Premier ministre en charge de l'économie. "Nous avons les choses bien en main", a assuré Ali Babacan à la télévision, "personne ne doit douter que nous sortirons vainqueurs de tout ça".

Après la dégringolade de la monnaie et de la bourse turques la semaine dernière, M. Babacan s'est également efforcé de rassurer les marchés sur les conséquences économiques de la crise actuelle, en confirmant sa prévision de croissance de 4% pour 2014.

La livre est remontée à 2,1239 TL pour un dollar lundi et s'échangeait mardi en milieu de journée à 2,1302. L'indice BIST 100, qui a conclu la séance de lundi sur une forte hausse de 6,42%, était quasiment stationnaire mardi à -0,27%.

Malgré ces assurances, de nombreux chef d'entreprises turcs ou établis en Turquie ont confié redouter que cette affaire affecte l'économie du pays en 2014.

Dans un courriel de voeux à ses salariés révélé mardi dans la presse turque, Güler Sabanci, la patronne du groupe turc éponyme, a confié suivre les allégations de corruption et de fraudes poursuivies par la justice avec "préoccupation".

Après celui de vendredi soir, théâtre d'incidents avec la police, un nouveau rassemblement est prévu mardi soir sur la place Taksim d'Istanbul pour exiger la démission de M. Erdogan.

bur-pa/bir

PLUS:hp