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Pas de trêve à Bangui pour le dernier jour de l'année

31/12/2013 04:36 EST | Actualisé 01/03/2014 05:12 EST

Reprise des tirs nocturnes, manifestation de civils déplacés ulcérés et désespérés par la persistance des violences: la capitale centrafricaine, survolée mardi par des hélicoptères de combat français, n'a pas connu de trêve pour le dernier jour de l'année 2013.

Des membres des milices chrétiennes "anti-balaka" (anti-machettes) ont attaqué pour la seconde nuit consécutive à 02H00 (01H00 GMT) un camp de l'armée nationale centrafricaine, situé au niveau du PK-11, à la sortie nord de Bangui, a affirmé à l'AFP le général Mahamat Tahir Zaroga, qui n'a pas fait état de victimes. "Nous avons repoussé l'attaque", a-t-il ajouté.

Dans le quartier de Ben Zvi, au centre-ville, des tirs nourris ont été entendus peu avant l'aube, ont indiqué des habitants apeurés, cloîtrés dans leurs domiciles. L'origine de ces tirs n'était pas établie mardi matin et aucun bilan faisant état d'éventuelles victimes n'était disponible dans l'immédiat.

Aux abords de l'aéroport, base des soldats français de l'opération Sangaris et de la force africaine (Misca), où sont massés près de 100.000 déplacés, plusieurs centaines d'entre eux ont manifesté pour dénoncer des exactions qui auraient été commises selon eux à Don Bosco, dans un quartier proche, par des hommes armés issus des rangs de l'ex-rébellion Séléka.

Ces manifestants demandaient également à l'armée française d'accélérer les opérations de désarmement des ex-rebelles, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Vous êtes venus pour désarmer les Séléka. Vous avez un mandat de l'ONU. Mettez-le en oeuvre", réclamait l'un d'eux.

Un autre, menaçant de bloquer la piste de l'aéroport, accusait: "parfois on dénonce des caches d'armes. Les Français viennent avec leurs blindés, ils regardent avec des jumelles et s'en vont sans rien faire. Et c'est nous qui subissons les représailles".

En fin de matinée, plusieurs centaines d'entre eux se trouvaient sur la piste de l'aéroport ou à ses abords immédiats, ont constaté des journalistes de l'AFP. En dépit des consignes de sécurité, des déplacés traversent et marchent quasi-quotidiennement sur la piste, voire s'y promènent à bicylette.

Miliciens dans les quartiers

Les tueries intercommunautaires ont fait un millier de morts dans la capitale centrafricaine depuis le 5 décembre, date du début de l'intervention française, provoquant des déplacements massifs de population dans la ville.

Autour de l'aéroport, zone sécurisée par les soldats français et la Misca, ils sont environ 100.000, selon des estimations de responsables humanitaires, vivant sous des tentes de fortune, dormant à même le sol.

Chrétiens pour l'immense majorité, ils sont venus se placer sous la protection des militaires français pour échapper aux exactions des ex-rebelles majoritairement musulmans de la Séléka. De leur côté, les civils musulmans, centrafricains mais surtout tchadiens, fuient la ville.

Ils craignent d'être victimes de représailles de milices d'autodéfense locales chrétiennes "anti-balaka" ou de foules les accusant de connivence avec les Séléka qui ont chassé le président François Bozizé du pouvoir en mars 2013.

Mardi matin, dans le quartier de Boy-Rabe, lui aussi voisin de l'aéroport, des "anti-balaka" étaient très visibles sur la route principale du quartier, armés de machettes, de fusils de chasse artisanaux et aussi d'armes automatiques, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Dans ses voeux à la Nation, le chef de l'état Michel Djotodia a de nouveau fustigé les anti-balakas, qu'il a qualifié de "rebéllion", accusant une nouvelle fois le président déchu François Bozizé et ses proches d'être les "principaux auteurs" des violences causées par la milice, et se disant victime "d'un vaste complot politique".

Au total, l'Unicef a recensé 55 sites de déplacés dans la capitale, où s'entassent - dans des conditions sanitaires désastreuses - 370.000 hommes, femmes et enfants. Pour la plupart, ce sont des Banguissois - la ville compte 800.000 habitants - mais aussi des Centrafricains venus de province en espérant trouver un peu de tranquillité à Bangui.

Les soldats français et les troupes de la Misca peinent à calmer les violences dans la ville, qui se découvre minée par les haines confessionnelles, après des années de cohabitation pacifique entre chrétiens et musulmans.

bur-mc/sba

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