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A Canton, des Chinois n'hésitent plus à demander la fin de la "dictature"

31/12/2013 12:15 EST | Actualisé 01/03/2014 05:12 EST

Leurs banderoles appellent à la fin de la "dictature" en Chine, le régime est qualifié de "voyou" et ses dirigeants mis au défi de divulguer leurs revenus: autant d'exhortations pour le moins dangereuses en régime communiste.

Le "Mouvement de rue du Sud", un réseau informel d'activistes de la province méridionale du Guangdong, pousse les autorités dans leurs retranchements en mettant ouvertement en avant des revendications politiques qui devraient selon eux inspirer des manifestations dans tout le pays.

La province a une longue tradition de rebellion, exposée depuis longtemps aux influences de l'étranger et terre natale de Sun Yat-sen, le révolutionnaire qui mit fin en 1911 à plus de 2.000 ans de dynasties impériales.

Pour autant, le gouvernement local n'a pas l'intention de laisser se développer pareil mouvement de contestation. Et plusieurs membres du mouvement se sont retrouvés derrière les barreaux cette année, mais pour un temps seulement.

Les opposants doivent vaincre la peur, assure l'un d'entre eux, Xie Wenfei, 37 ans, originaire du centre de la Chine. Sa carte de visite le présente ainsi: "Activiste du Mouvement de rue du Sud". Elle ajoute: "Si vous êtes témoin d'une injustice et restez silencieux, vous êtes du côté du Mal".

En septembre, il a promené une pancarte dans la rue à Canton appelant à la fin de la "dictature du parti unique". Verdict: un mois de prison.

"Vaincre la peur"

"Beaucoup d'amis m'avaient appelé pour me dire que je serais arrêté si je sortais ma pancarte", dit-il. "Mais il fallait que je le fasse, c'était juste. Je leur ai dit que quelqu'un devait le faire".

"D'abord, j'ai voulu signifier à mes amis qui pensent comme moi qu'il faut surmonter la peur. Ensuite, j'ai voulu dire au Parti communiste que la façon dont il s'y prend ne peut plus durer. Ils ont perdu leur légitimité aux yeux de la population et de la loi".

Le "Mouvement de rue du Sud" s'est constitué en 2011 avec des rassemblements mensuels dans un parc, jusqu'à ce que la police les interdise, raconte Wang Aizhong, un homme d'affaires de 37 ans, très impliqué.

Depuis, ses membres organisent des mini-rassemblements entre eux, plusieurs dizaines cette année. Et appellent les gouvernants à divulguer leurs revenus, à relâcher les activistes emprisonnés et à mettre fin au système du parti unique.

"Nous voyons le Mouvement de rue du Sud comme un mouvement de résistance, qui n'a ni organisation, ni chef, ni programme formalisé", explique Wang, ajoutant qu'ils veulent "inspirer le reste du pays".

"Il n'y a pas une ou plusieurs revendications fixées à l'avance, mais beaucoup de nos demandes politiques visent un seul objectif: la fin de cette dictature", dit-il.

Le mouvement a surtout attiré les travailleurs migrants arrivés en masse au Guangdong, la plus industrieuse et la plus prospère des provinces chinoises.

Beaucoup l'ont rejoint après les manifestations de janvier 2013 en soutien à l'Hebdomadaire du Sud (Nanfang Zhoumou), la plus prestigieuse des publications "libérales" autorisées, après la censure de son éditorial du Nouvel an.

"Les gens du sud veulent aller plus loin"

Canton est moins strictement contrôlée que le reste du pays, en raison de son ouverture sur le monde --elle fut la première des villes chinoises ouvertes aux étrangers-- et de sa proximité avec Hong Kong.

"Il y a ce sentiment que protester est un peu plus facile au sud", observe Eva Pils, professeur associé de l'Université chinoise de Hong Kong.

"Les gens au sud sont plus nombreux à vouloir aller plus loin et à afficher des slogans visant directement la +dictature du parti unique+ ou appelant à un régime constitutionnel, à la liberté, aux droits de l'homme, à la démocratie", dit-elle.

Pareil activisme en Chine peut pourtant avoir des conséquences fâcheuses. Au Jiangxi voisin, trois personnes encourent jusqu'à cinq ans de prison pour avoir demandé la transparence des revenus des responsables.

Ce type de "mouvement-citoyen" représente l'autre extrémité de l'éventail protestataire chinois, plus connu à travers des figures emblématiques tels le prix Nobel de la Paix emprisonné, Liu Xiaobo, l'artiste Ai Weiwei ou l'avocat aveugle Chen Guangcheng.

Salarié d'une usine, Jia Ping, 24 ans, a perdu son travail après avoir posté sur internet des messages politiques. Il a été détenu pendant 20 jours après avoir brandi une pancarte dans une gare déclarant: "Le Parti communiste ne représente pas le peuple".

"Absolument, on continuera, aussi loin qu'on le pourra", assure-t-il.

En août, Yang Maodong, connu sous son nom de plume de Guo Feixiong, figure de la contestation à Canton, a été placé sous les verrous. Il sortait de cinq ans de prison en 2011 et en risque autant pour trouble à l'ordre public.

Pour les autorités, c'est lui la tête du réseau de contestataires, assure son avocat Sui Muqing, citant un éditorial du quotidien officiel Global Times qui le désignait nommément à côté d'un autre opposant.

"Ils sont un danger pour le système de gouvernance actuel", assurait le journal, selon lequel "la confrontation aux autorités est devenue pour eux un mode de vie".

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