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Ukraine: le boxeur Klitschko fait de la politique pour arrêter un "combat sans règles"

30/12/2013 11:57 EST | Actualisé 01/03/2014 05:12 EST

Le boxeur Vitali Klitschko, l'un des Ukrainiens les plus célèbres au monde, se bat sur les barricades contre le président Viktor Ianoukovitch pour faire cesser un "combat sans règles en Ukraine", a-t-il déclaré lundi dans un entretien à l'AFP.

"Je n'ai jamais pensé que je deviendrais révolutionnaire et que je serais sur les barricades", a confié ce géant de plus de deux mètres qui manifeste depuis fin novembre avec des centaines de milliers d'Ukrainiens, après le refus du pouvoir de signer un accord d'association avec l'Union européenne.

En pleine contestation, ce champion du monde du boxe de 42 ans a renoncé le 17 décembre à son titre WBC des lourds pour se consacrer à la politique et mettre "K.O." le président Viktor Ianoukovitch à la prochaine présidentielle qu'il réclame dès mars 2014.

"La politique ukrainienne est aujourd'hui un combat sans règles", déplore-t-il.

"Il faut qu'elle fonctionne selon les mêmes règles que le sport, que celui qui viole les règles soit disqualifié", explique-t-il.

Devenu l'un des dirigeants de l'opposition pro-européenne, Vitali Klitschko, qui a longtemps vécu en Allemagne où il s'entraînait, dit "se sentir à sa place" parmi les manifestants campant depuis plus d'un mois sur le Maïdan, la place de l'Indépendance dans le centre de Kiev, entourée de barricades.

Juché dimanche sur un minibus, il a parlé devant quelque 5.000 opposants devant la résidence de campagne très protégée de Viktor Ianoukovitch, dans la banlieue de Kiev.

"Les gens n'ont plus peur", s'est-il félicité. Selon lui, c'est le principal aboutissement du mouvement de contestation qui n'a pour l'instant pas réussi à ébranler le régime, contrairement à la Révolution orange de 2004 qui avait renversé les dirigeants en place et installé des pro-occidentaux au pouvoir.

"Je me bats pour la vérité et la justice, et des millions de gens me soutiennent", assure-t-il.

Les oligarques ont aussi besoin de règles du jeu

Comme les gens dans la rue, les oligarques, puissants magnats proches du régime et propriétaires des principales chaînes de télévision, ont aussi besoin de règles "qui ne changeront pas", estime-t-il. Il les connaît personnellement plus ou moins bien et "s'emploie" à faire d'eux des alliés.

"Dans les conversations privées, ils soutiennent mon principe fondamental. En Ukraine, il n'y a pas de règles du jeu. Chacun d'eux comprend que la situation peut changer de manière radicale, et ils peuvent tout perdre".

"Je rencontre les oligarques, je leur parle, nous abordons les problèmes qui existent en Ukraine (...). Certains vont en cachette sur le Maïdan et discutent avec des gens pour avoir des informations directes et pas à travers les télévisions" qu'ils contrôlent, assure-t-il.

L'Europe aurait pu faire plus

Après le Nouvel An qu'il fêtera sur le Maïdan avec sa famille, Vitali Klitschko envisage de se rendre en Allemagne où il est soutenu par les structures proches de la chancelière Angela Merkel, et en France à l'invitation du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius qui l'a qualifié d'"incorruptible, ce qui paraît-il est tout à fait spécifique" en Ukraine.

"Le soutien moral des Européens a été très important pour les manifestants", souligne le boxeur.

Mais une "position plus sévère" de l'Europe concernant les sanctions à l'encontre des responsables de la répression policière contre les manifestants aurait pu aider le mouvement en perte de vitesse après la signature des accords économiques avec Moscou le 17 décembre, selon lui.

Ce crédit russe de 15 milliards de dollars est, toujours selon le boxeur, un "anti-douleur pour soigner un cancer qu'il faut opérer" ajoutant "nous ne voulons pas que nos usines et nos gazoducs stratégiques soient mis en gage".

Bien que l'idée ne fasse pas l'unanimité dans l'opposition, Vitali Klitschko, candidat déclaré à la présidentielle prévue en 2015, continue de réclamer une élection anticipée tout en disant vouloir faire de l'Ukraine une république parlementaire avec des pouvoirs présidentiels réduits.

"Je me bats pour un pays européen et pas pour les pouvoirs. Cette forme serait optimale pour l'Ukraine", assure-t-il.

Interrogé sur la charismatique Ioulia Timochenko, ex-Première ministre emprisonnée depuis 2011, Klitschko estime qu'elle "ne sera sans aucun doute plus en prison" s'il remporte la présidentielle.

Pourrait-elle alors devenir Premier ministre du président Klitschko?

"C'est à négocier, je ne l'exclus pas".

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