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Soudan du Sud : les efforts de paix piétinent, nouvelles menaces d'attaques

29/12/2013 05:27 EST | Actualisé 28/02/2014 05:12 EST

Les efforts de paix étaient dans l'impasse dimanche au Soudan du Sud menacé de guerre civile: les pourparlers entre le gouvernement et les rebelles tardent à débuter et Juba accuse l'ex-vice président Riek Machar de mobiliser des milliers de miliciens.

Alors que les combats semblaient s'être calmés, Juba a accusé samedi l'ex-vice président Riek Machar de mobiliser jusqu'à 25.000 jeunes miliciens de l'ethnie lou nuer, prêts "à attaquer à n'importe quel moment" dans l'Etat du Jonglei (est).

Selon le gouverneur par intérim du Jonglei, Ogato Chan, la capitale régionale, Bor, était pour l'instant "calme".

Les Lou Nuer se trouveraient à quelque 110 km de là (70 miles) et se prépareraient à marcher sur la ville, a-t-il dit à l'AFP, confiant cependant dans le fait que l'armée, qui elle aussi "prend position", les "repoussera".

Le porte-parole des rebelles Moses Ruai Lat n'a pas démenti la présence de forces hostiles au gouvernement dans le Jonglei. Il a en revanche nié qu'il s'agissait de Lou Nuer mobilisés par Riek Machar. Selon lui, il s'agit de soldats de l'armée qui ont décidé de se retourner contre le gouvernement sans qu'il aille les chercher.

Ces nouvelles menaces d'attaques surviennent alors que des pays d'Afrique de l'Est et de la Corne de l'Afrique réunis au sein de l'organisation régionale Igad (Autorité intergouvernementale sur le développement) ont donné jusqu'à mardi aux deux parties pour entamer des pourparlers de paix et stopper les combats.

Une médiation qui vient s'ajouter au concert d'efforts diplomatiques internationaux déployés depuis deux semaines pour tenter d'éviter au jeune Soudan du Sud de plonger dans la guerre civile.

Les deux rivaux ont accepté le principe des pourparlers, mais sans fixer de date et la médiation semble piétiner.

Riek Machar ne veut pour l'instant s'engager à aucun cessez-le-feu, demandant, d'abord, la libération de tous ses alliés arrêtés récemment.

Dimanche encore, le porte-parole du gouvernement, Michael Makuei, a déclaré: "tant que Riek Machar n'aura pas respecté l'appel au cessez-le-feu (...), je ne pense pas que (Juba sera) en position de (s')assoir avec lui" pour discuter.

Pressions internationales

Le Soudan du Sud est déchiré depuis le 15 décembre par d'intenses combats alimentés par une rivalité entre le président Salva Kiir et son ex-vice président, limogé en juillet.

Le premier accuse le second de tentative de coup d'Etat. Riek Machar nie et reproche à Salva Kiir de chercher à éliminer ses rivaux. Les forces rebelles ont pris en quelques jours le contrôle de capitales régionales comme Bentiu, dans l'Etat pétrolier d'Unité (nord), et Bor, reprise cependant par l'armée mardi.

Le récent conflit au Soudan du Sud, indépendant du Soudan depuis juillet 2011, est alimenté par une vieille rivalité politique qui utilise et exacerbe la dimension ethnique: les Dinka de Salva Kiir contre les Nuer de Riek Machar.

Des informations émergent sur des violences entre communautés: meurtres, viols, massacre.

A travers le pays, le bilan est déjà de plusieurs milliers de morts et l'ONU a annoncé la découverte d'au moins un charnier. Plus de 120.000 personnes ont aussi été déplacées, dit l'ONU.

Au-delà des dirigeants régionaux, d'autres pays font pression sur les deux rivaux pour tenter d'enrayer la crise.

Les Etats-Unis, parrains de l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011 et son principal soutien depuis, ont dépêché un envoyé en constante discussion avec les deux parties qu'ils menacent d'arrêter leur aide. La Chine, qui possède des intérêts dans le secteur pétrolier sud-soudanais, a aussi annoncé l'envoi d'un émissaire.

"Toutes les violences, attaques et violations des droits de l'Homme doivent cesser immédiatement", a déclaré le porte-parole du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon dans un communiqué diffusé depuis New York.

"Les responsables (des exactions) devront répondre de leurs actes", a-t-il répété, appelant Juba et toutes les parties concernées à "s'assurer que les droits et la sécurité des civils sont protégés".

Débordée aux premiers jours des combats, l'ONU a décidé de doubler à 12.500 ses Casques bleus et d'envoyer des moyens aériens supplémentaires pour mieux protéger les civils. Les renforts ont commencé à arriver au compte-gouttes.

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