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L'"Armée blanche", une milice synonyme de terreur au Soudan du Sud

29/12/2013 09:18 EST | Actualisé 28/02/2014 05:12 EST

L'"Armée blanche", que le gouvernement du Soudan du Sud accuse l'ex-vice président Riek Machar de mobiliser pour attaquer ses positions dans l'Etat du Jonglei (est), évoque depuis des années terreur et massacre dans la région.

L'origine du nom de ce groupe composé de jeunes miliciens d'ethnie Lou Nuer fait l'objet de diverses interprétations.

Pour certains, il vient des cendres dont ses membres se recouvrent le visage pour se protéger des insectes. Pour d'autres, il a été choisi, du temps de la guerre civile entre Khartoum et Juba, en opposition à une faction de la rébellion sudiste SPLM/A dite "rouge", car alors armée par le "Negus rouge", le dictateur éthiopien Mengistu Haile Mariam.

Comme d'autres milices tribales sud-soudanaises, la vocation première de l'Armée blanche était de protéger le bétail de sa tribu de raids de communautés rivales, expliquent des experts.

Mais elle a aussi joué un rôle dans la guerre civile qui a des décennies opposé les sudistes de Juba au régime de Khartoum avant la signature d'un accord de paix en 2005 et l'accès à l'indépendance du Sud en juillet 2011.

Au début des années 90 déjà, l'Armée blanche était active aux côtés de Riek Machar, lui-même Nuer, quand ce dernier, en 1991, fit défection du SPLM/A de John Garang.

La défection avait notamment débouché sur un massacre dans la ville de Bor, capitale du Jonglei que Juba accuse aujourd'hui les miliciens Lou Nuer de viser de nouveau. Selon les estimations, ce massacre avait fait quelque 2.000 morts parmi les membres d'une ethnie rivale, les Dinka.

C'est à cette ethnie qu'appartient le président Salva Kiir qui a démis son adjoint en juillet et l'accuse d'avoir voulu le renverser à la mi-décembre.

Selon le groupe de recherche indépendant Small Arms Survey, l'Armée blanche aurait périclité à la faveur de l'accord de paix de 2005 et d'opération de désarmements menées par Juba par la suite.

Elle a néanmoins au moins ressurgi fin 2011 et début 2012, lors d'opérations sanglantes de représailles autour de vols de bétails contre une autre tribu, les Murle. Selon l'ONU, quelque 600 personnes ont péri dans ces affrontements. Des sources locales ont avancé un bilan bien plus lourd.

Difficile aujourd'hui de dire quel est le contrôle de Riek Machar sur ces jeunes miliciens.

Si le gouvernement de Juba accuse l'ex-vice président d'être derrière leur mobilisation, le porte-parole de la rébellion Moses Ruai Lat affirme qu'il n'est jamais allé les chercher.

"Nous n'avons pas de preuve de coordination entre les opérations des forces militaires anti-gouvernementales menées par l'ex-vice président et ces larges groupements de jeunes armés", a de son côté indiqué à l'AFP le porte-parole de la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss) Joseph Contreras.

Sur la base de vols de reconnaissance de l'ONU, il a cependant confirmé, sans prononcer lui-même le nom d'Armée blanche ni en estimer le nombre des hommes, la présence de jeunes armés à une cinquantaine de km au nord-est de Bor.

str-aud/jlb

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