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La présidence semestrielle de l'UE, un nouveau défi pour la Grèce

29/12/2013 02:43 EST | Actualisé 27/02/2014 05:12 EST

La Grèce prend mercredi la présidence semestrielle de l'UE, un défi alors qu'elle est en pleine purge économique et qu'ont lieu fin mai des élections européennes risquant de servir de défouloir dans toute l'Union après six ans de crise.

"Je ne pense pas que cette présidence puisse être aussi calme que d'autres", a estimé auprès de l'AFP Zsolt Darvas, économiste à l'institut Bruegel, à Bruxelles. "Ce sera très difficile pour la Grèce, à cause de ses propres problèmes (...) et de la pression mise sur le calendrier par les élections au Parlement européen", anticipe-t-il.

Les eurosceptiques de tous bords, portés par les dégâts sociaux de la crise, devraient en effet progresser lors des élections prévues du 22 au 25 mai dans l'UE.

Ainsi, un sondage IFOP plaçait en octobre le FN en tête des intentions de vote en France.

En Grèce, Syriza, le parti de la gauche radicale qui veut obtenir des créanciers du pays (BCE, UE et FMI) une "réduction significative" de la dette du pays -- au risque d'effrayer les marchés -- est numéro un, devant Nouvelle Démocratie du premier ministre Antonis Samaras.

Le parti d'extrême-droite Aube Dorée arrive en solide troisième position, malgré la mise en examen de six de ses 18 députés (trois sont emprisonnés, dont le fondateur Nikos Michaloliakos), après l'assassinat par des militants d'Aube Dorée d'un musicien antifasciste en septembre.

Dans ce contexte tendu par le plan d'assainissement des finances publiques imposé par la troïka (BCE-UE-FMI) aux Grecs, les Grecs se rendront aussi aux urnes pour les municipales, les 18 et 25 mai.

Et M. Samaras, à la tête d'une coalition qui navigue en eaux dangereuses avec désormais 153 députés seulement sur 300, pourrait bien alourdir ce programme avec des élections générales anticipées, à l'automne, voire dès le mois de mai.

Pour ces scrutins nationaux, il bénéficierait sans doute d'un effet positif si la troïka des créanciers, au vu des progrès accomplis, décidait en avril de ne pas imposer un nouveau memorandum douloureux à la Grèce.

Stylos et carnets de notes

Pour la présidence de l'UE, il s'affiche optimiste : "Ce sera une présidence d'espoir, l'espoir de plus d'Europe et d'une Europe meilleure", a-t-il assuré ce mois-ci.

Le ministre grec des Affaires européennes, Dimitris Kourkoulas, a prévenu que la présidence "se focaliserait sur les problèmes les plus pressants des citoyens européens" : l'immigration, l'emploi, l'application de l'union bancaire et la politique maritime.

Une présidence réussie permettrait de montrer que "l'Europe apporte une réponse concrète aux attentes de la population", résume un diplomate européen.

Autant dire, traduit Nikos Konstandaras, un des responsables du quotidien libéral Kathimerini, que la Grèce sera soutenue par ses pairs dans cet exercice: "Toute l'Europe comprend qu'il va falloir montrer de quoi empêcher la progression du populisme".

Début décembre, le ministre français des Affaires européennes Thierry Repentin était venu à Athènes délivrer un message en ce sens : "la France sera clairement engagée aux côtés de la Grèce pour qu'elle réussisse cette présidence, pour son image et pour l'Europe".

La Grèce, dont c'est la cinquième présidence de l'UE depuis 1981, projette 14 réunions de niveau ministériel et 120 autres. Mais pas question de jeter l'argent par les fenêtres. La présidence sera "spartiate", a martelé M. Kourkoulas, qui espère économiser une partie des 50 millions d'euros prévus.

Ainsi, finies les réunions dans les îles : tout se passera à Athènes. Un constructeur automobile fournira gracieusement les voitures. Et il n'y aura "ni cravates, ni foulards" offerts aux délégations, tout au plus "des carnets et des stylos", a prévenu M. Kourkoulas.

La Grèce succède à la Lituanie et cèdera le flambeau à l'Italie en juillet. La présidence débutera concrètement le 8 janvier, avec la réunion à Athènes des 28 commissaires européens.

Puis M. Samaras se rendra à Strasbourg le 16 janvier pour présenter les priorités de la présidence grecque au Parlement européen.

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