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Aux obsèques de Chatah, des Libanais lassés par des assassinats impunis

29/12/2013 11:06 EST | Actualisé 28/02/2014 05:12 EST

Aux funérailles de Mohammad Chatah, neuvième personnalité hostile au régime syrien à être assassinée depuis 2005, des Libanais ont exprimé leur ras-le-bol face à ces assassinats à répétition restés impunis, et qu'ils attribuent à Damas et au Hezbollah chiite libanais.

"Depuis l'assassinat de Rafic Hariri, le Liban n'a pas connu de répit", déplore Sara Assaf, une trentenaire militante de la société civile. "On est déçu et désespéré", ajoute-t-elle.

Elle faisait référence à l'attentat qui avait coûté la vie en 2005 à Rafic Hariri, ex-Premier ministre qui s'était opposé à l'hégémonie syrienne sur le Liban, et dont le meurtre avait plongé le pays dans l'instabilité.

Depuis, huit hommes politiques et journalistes hostiles à Damas, dont Mohammad Chatah, ont été assassinés, ainsi que trois officiers clés des services de sécurité et de l'armée.

Personne n'a été jugé pour ces meurtres. Toutefois, cinq membres du Hezbollah chiite ont été inculpés par le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), qui siège près de La Haye.

Le procès de quatre d'entre eux doit commencer le 16 janvier, mais le Hezbollah, puissant mouvement armé libanais soutenu par Damas et Téhéran, refuse de les remettre au TSL, qu'il considère comme un complot israélo-américain visant à le détruire.

Aux obsèques, le mot "justice" était sur toutes les lèvres.

"Nous disons adieu à un homme important. Nous voulons punir ses meurtriers", affirme Ibrahim Allaoui, 19 ans, venu d'Anfé, dans le nord du pays.

Mohammad Chatah, qualifié de "martyr de la modération", était très populaire au sein de la Coalition du 14 mars, le camp hostile à Damas et au Hezbollah, dont il était l'un des "cerveaux".

De confession sunnite, il était considéré comme une personnalité ouverte, laïque et modérée, louée pour sa capacité à dialoguer avec le camp rival.

A l'arrivée de son cercueil et de celui de son garde du corps à la mosquée Mohammad al-Amine dans le centre-ville, à quelques centaines de mètres du lieu de l'attentat, des femmes ont éclaté en sanglots.

"La justice divine s'accomplira, mais nous voulons la justice terrestre", affirme Suzanne Arnaout, 57 ans, tout de noir vêtue.

Pour elle, comme pour l'ensemble du camp du "14 mars", l'identité du meurtrier ne fait aucun doute.

"Même les enfants savent que la Syrie n'est pas sortie du Liban (...) ses alliés sont encore là", dit-elle, essuyant ses larmes, en référence au Hezbollah libanais.

La Syrie a exercé une tutelle sur le Liban pendant trente ans, jusqu'au retrait de ses troupes en 2005 après l'assassinat de Rafic Hariri, sous la pression de la rue et de la communauté internationale.

"La Syrie et ses alliés au Liban, notamment le Hezbollah, sont ceux qui ont assassiné Chatah, ils ne veulent pas que ce pays soit tranquille", lance Youssef Sati, instituteur de 40 ans.

Dans la foule, des cris ont fusé "Hezbollah, ennemi de Dieu", "Hezbollah assassin", à l'adresse du parti chiite, qui a néanmoins dénoncé l'attentat.

Des pancartes ont été brandies sur lesquelles on pouvait lire "le meurtre et les attentats ne nous feront pas peur".

Mais d'autres sont réduits au désespoir par ces attentats à répétition.

Salaheddine Ahmad, 45 ans, est rentré d'Arabie saoudite depuis un an.

"Je n'aurais jamais dû rentrer au pays. Je pense émigrer de nouveau car je ne vois pas comment vivre ici avec cette atmosphère pesante", dit-il.

"Nous sommes abattus, je suis contente que mon fils se trouve à Dubaï et construise son avenir là-bas", lâche Imane Itani, une diététicienne de 60 ans.

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