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Les dissidents cubains parcourent le monde mais perdent de leur influence sur l'île

28/12/2013 12:45 EST | Actualisé 26/02/2014 05:12 EST

Pour la première fois en un demi-siècle, les opposants cubains ont pu voyager librement hors de de Cuba en 2013 mais, éloignés du quotidien de leurs concitoyens, leur rôle s'est amoindri sur l'île, jugent des observateurs.

Yoani Sanchez, Guillermo Fariñas, Berta Soler, Elizardo Sanchez et d'autres dissidents ont eu un agenda très chargé à l'étranger, reçus avec les honneurs aux États-Unis, en Espagne et ailleurs, deux d'entre eux ayant même rencontré le président américain Barack Obama.

Mais à Cuba, les opposants ne se sont quasiment pas exprimés en 2013, à la différence des années précédentes, qui avaient donné lieu à des grèves de la faim, des occupations d'églises et d'autres mobilisations provoquant des maux de tête au régime communiste.

Seule exception notable, les marches dominicales des Dames en Blanc, des épouses d'ex-prisonniers politiques, autorisées depuis 2010, et quelques publications sur des blogs.

"Pourquoi une telle activité à l'extérieur ne se traduit pas par une mobilisation à Cuba même? Il est facile d'en faire porter la responsabilité à la répression du gouvernement, qui joue sans aucun doute un rôle", mais il y a également d'autres "raisons auxquelles devrait réfléchir l'opposition", estime l'analyste Arturo Lopez-Levy, de l'Université américaine de Denver (Colorado).

"Les opposants en tournée (...) ont réitéré leurs critiques bien connues du gouvernement cubain, mais sans annoncer de propositions viables sur les problèmes fondamentaux du pays", et en outre, "ils ont copié leur vision sur celle des exilés traditionnels", ajoute-t-il.

Les dissidents se sont "plus intéressés à leur reconnaissance extérieure qu'intérieure", car ils pensent "pouvoir atteindre leurs objectifs grâce aux pressions de l'étranger sur le gouvernement cubain", explique de son côté à l'AFP Carlos Alzugaray, ex-ambassadeur et ex-professeur à L'université de La Havane.

"Maintenant qu'ils peuvent voyager, ils en profitent constamment", ajoute-t-il.

Voyages fructueux

Durant des décennies, pour sortir de l'île, les Cubains devaient demander une autorisation aux autorités, systématiquement refusée aux dissidents.

Cette obligation a été levée le 14 janvier par le président Raul Castro, provoquant une explosion des voyages à l'étranger : plus de 250.000 en 10 mois, pour 11 millions d'habitants, une hausse de 35% par rapport à 2012.

Une des premières à faire ses valises pour une tournée de trois mois en Europe et en Amérique a été la blogueuse Yoani Sanchez.

"Dans le petit espace de ma vie personnelle, il me semble que tout bouge à un rythme inhabituel (...) Janvier a commencé avec la réforme migratoire et au cours des mois suivants, nous nous sommes souvent dit +au revoir+. Et sans cette sensation de non-retour" ressentie auparavant, quand un voyage était synonyme d'exil, a écrit la jeune femme sur son blog.

Les dissidents portent eux un regard positif sur les voyages et contestent qu'ils aient affecté leurs actions sur l'île, où la principale préoccupation quotidienne reste de survivre avec des salaires de 20 dollars par mois en moyenne.

"Indiscutablement, les voyages ont été fructueux, car ils ont permis aux opposants d'entrer en contact personnellement avec des groupes d'exilés ou des ONG", affirme à l'AFP le dissident Guillermo Fariñas.

"Pendant que certains d'entre nous sortaient, d'autres ont été battus ou incarcérés, et beaucoup d'entre nous qui avons voyagé hors de Cuba, avons été menacés, frappés", ajoute-t-il.

Les opposants affirment que Raul Castro a accru la répression, en multipliant les arrestations de courtes durées et les actes de répudiation, quand son frère Fidel (1959-2006) privilégiait les longues peines de prison.

Pour l'analyste Arturo Lopez-Levy, "ils espèrent que (leurs campagnes à l'étranger) paient à l'intérieur, mais je n'ai vu aucun signal que Berta Soler ou Guillermo Fariñas bénéficient d'une meilleure estime à Cuba parce qu'ils ont rencontré Obama".

Peter Hakim, président émérite de l'InterAmerican Dialogue, un centre d'études de Washington, rappelle pour l'AFP les obstacles qui compliquent l'émergence d'une réelle "opposition (interne) à Cuba", citant l'absence de liberté de la presse et d'expression ou l'interdiction de s'organiser et de se réunir.

"Les jeunes ne montrent pas leur opposition en s'organisant, en écrivant et en défilant, mais en s'en allant", résume-t-il, évoquant les 40.000 Cubains qui émigrent chaque année.

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