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Soudan du Sud : à Bor, les femmes devaient assurer l'intendance pour les rebelles

27/12/2013 04:07 EST | Actualisé 25/02/2014 05:12 EST

"Les rebelles ne nous ont pas fait de mal, mais ils nous ont forcées à transporter les marchandises qu'ils pillaient au marché et à leur faire la cuisine", raconte Rebecca Acien Kur Diing, depuis la ville sud-soudanaise de Bor, tout juste reprise par l'armée.

Capitale de l'Etat-clé et chroniquement instable du Jonglei, Bor était tombée le 19 décembre aux mains des rebelles de l'ex-vice président Riek Machar. La ville, située à seulement 200 km au nord de la capitale sud-soudanaise Juba, est de nouveau contrôlée par l'armée sud-soudanaise depuis la veille de Noël.

Pendant une semaine, les femmes y ont été réquisitionnées par les rebelles pour transporter toutes sortes de biens pillés.

Venant d'un village voisin, Rebecca, 40 ans et mère de cinq enfants, était venue accompagner à l'hôpital une tante malade le 15 décembre.

"J'étais là toute la semaine, quand les rebelles contrôlaient" la ville, témoigne-t-elle, avec un regard où se mêle lassitude et nervosité.

Ils "ont été chassés maintenant, mais je suis sans nouvelles de mes enfants, de mes frères et soeurs, de ma famille entière", poursuit-elle, tout en s'occupant de sa tante, toujours alitée à l'hôpital. "Je suis arrivée ici un jour seulement avant que les rebelles n'attaquent la ville. Depuis, je ne suis pas rentrée à la maison".

A Bor, des centaines d'habitants commencent à revenir dans leurs foyers. Sur des motos, des vélos, ou simplement sur leurs têtes, ils transportent des matelas, des ustensiles de cuisine et des chaises.

Depuis un peu plus de dix jours, le jeune Soudan du Sud, régulièrement frappé depuis son indépendance en juillet 2011 par des poussées de violences tribales, est cette fois au bord de la guerre civile.

Ruines et cadavres en décomposition

Au coeur des récents combats : la rivalité entre le président Salva Kiir et son ex-vice président, limogé en juillet, Riek Machar.

Le premier accuse le second d'avoir tenté un coup d'Etat. Le second nie, accusant le président de vouloir éliminer ses ennemis. Outre Bor, les forces pro-Machar ont pris une autre ville stratégique, Bentiu, capitale de l'Etat d'Unité, riche en pétrole, et affrontent aussi les forces gouvernementales pour le contrôle de la capitale de l'Etat du Haut-Nil, Malakal.

Le conflit revêt une dimension politique mais aussi ethnique: les Dinka, tribu de Salva Kiir, contre les Nuer de Riek Machar. Ces derniers jours, les témoignages se sont multipliés, faisant état de violences, meurtres, viols et massacre à caractère ethnique.

"Quand les rebelles sont arrivés, ils demandaient aux gens s'ils étaient dinka ou nuer. Et si vous étiez dinka, et en particulier un homme dinka, ils vous tuaient", poursuit Rebecca, elle-même dinka. "Mais ils n'ont pas trouvé beaucoup d'hommes dans la ville parce que la plupart avaient déjà fui".

"C'est la première fois de ma vie que je vis quelque chose comme ça", dit-elle. Elle est né à Khartoum, en 1973, quand le Soudan du Sud faisait encore partie du Soudan. Elle n'est revenue au Sud qu'en 2007, une fois finie la longue et meurtrière guerre civile entre Khartoum et Juba. La fin du conflit avait ouvert la voie à l'indépendance du Sud en 2011.

Pendant que les rebelles occupaient Bor ces derniers jours, "tout ce que nous avions à manger était la nourriture que nous avions apportée avec nous à l'hôpital", raconte Rebecca.

Philip Deng, un soldat gouvernemental qui a participé à la reprise de la ville, se plaint lui aussi de n'avoir, comme ses camarades, rien eu à manger depuis qu'ils ont été envoyés ici de Juba.

"Je suis sans nourriture depuis quatre jours maintenant", dit-il, visiblement épuisé, son uniforme et ses bottes couverts de poussière. Il parcourt le principal marché de Bor, brûlé par les rebelles, avec le maigre espoir d'y trouver de la nourriture qui n'aurait pas pourri sous la chaleur écrasante.

Du marché, c'est surtout l'odeur fétide des cadavres en décomposition qui domine. De la fumée s'échappe encore des allées carbonisées.

"La situation n'est pas bonne", résume Chan Ogato, porte-parole de l'Etat du Jonglei. "Les gens peuvent sortir du complexe de l'ONU où ils se cachaient, mais tous les biens et services ont été détruits. Il faut que la communauté internationale nous aide".

str-hv/aud/de

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