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La voie d'une Pax Americana au Proche-Orient apparaît semée de pièges

27/12/2013 07:29 EST | Actualisé 26/02/2014 05:12 EST

Bien peu d'experts misent sur un accord de paix israélo-palestinien en 2014 qui récompenserait la persévérance du secrétaire d'Etat américain John Kerry, mais tous s'accordent pour signaler les risques dans les prochains mois d'une troisième Intifada.

Devant le Conseil de sécurité de l'ONU le 16 décembre, le coordinateur de l'ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, Robert Serry, a appelé les deux parties à aller au bout des négociations pour "parvenir en 2014 à un moment de vérité concernant la solution à deux Etats".

"Verrons-nous la paix en 2014? C'est douteux", estimait jeudi un commentateur vedette du quotidien israélien Haaretz. "Mais, bien que ce soit encore un rêve à l'horizon, la Pax Americana commence à altérer la conscience et le comportement des Israéliens aussi bien que des Palestiniens".

"La paix est un idéal, mais elle sape la stabilité. Elle conduit à court et moyen terme à l'effusion de sang", prévient-il néanmoins.

Dans une tribune publiée mercredi par le New York Times, le politologue et ancien ministre palestinien Ali Jarbaoui met également en garde contre "l'Intifada à venir".

Les conditions posées par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à un accord de paix réduiraient "l'Etat palestinien promis à une entité fantôme complètement régie par Israël", affirme-t-il.

"Ces poches de territoire seraient démilitarisées et Israël en contrôlerait les frontières, les airs et les ressources naturelles", énumère-t-il, sans oublier la renonciation par les Palestiniens au retour des réfugiés et la reconnaissance d'Israël comme Etat juif.

"C'est un cocktail toxique parfaitement concocté pour produire un soulèvement palestinien contre l'occupation israélienne, et contre l'Autorité aussi, si elle accepte ces exigences israéliennes et cède à la pression américaine", diagnostique Ali Jarbaoui.

Sans oublier la bande de Gaza, sous blocus israélien et égyptien, en proie à des flambées périodiques de violences, comme cela a été le cas cette semaine.

L'unique centrale de l'enclave palestinienne a cessé de fonctionner vendredi faute de carburant, ce qui va réduire à six heures par jour l'approvisionnement en électricité des Gazaouis.

Cette semaine, le quotidien Al-Quds a résumé l'opinion dominante parmi les Palestiniens estimant qu'ils n'ont plus grand-chose à céder, après avoir déjà reconnu Israël et accepté un Etat sur 22% de la Palestine mandataire.

"Il n'y a pas matière à un changement des positions de la partie palestinienne, parce qu'elle a déjà offert toutes les concessions", a remarqué le journal, citant son assentiment à toutes les récentes initiatives internationales ou arabes, dédaignées voire rejetées par Israël.

'Futilité des pourparlers'

Les observateurs signalent une montée constante du niveau des violences depuis la reprise des pourparlers de paix il y a cinq mois, avec un pic en novembre.

Les négociations "agitent l'atmosphère et incitent des gens à perpétrer des attentats, soit par frustration devant la futilité des discussions, soit afin de déjouer les maigres chances de parvenir à un accord", écrit un expert du quotidien israélien Maariv.

Les services de sécurité ont observé "une nette augmentation des tentatives d'attaques contre des Israéliens" depuis la reprise des négociations fin juillet, précise le journal.

Ils s'attendent à "une nouvelle intensification de la violence, susceptible d'éclater au printemps, lorsqu'il apparaîtra clairement si les négociations israélo-palestiniennes mènent à une solution ou à une impasse", ajoute-t-il.

Les ténors de l'aile droite de la coalition au pouvoir en Israël, les ministres des Affaires étrangères Avigdor Lieberman ou du Commerce Naftali Bennett, ne font d'ailleurs pas mystère de leur volonté de "gérer le conflit", à défaut de le résoudre.

Mais, parmi les dirigeants de l'autre camp, qui martèlent que "personne n'a davantage intérêt à la paix que les Palestiniens", le débat fait rage sur le changement de stratégie pour rompre avec la logique des accords d'autonomie d'Oslo de 1993.

Lors d'une réunion arabe le 21 décembre au Caire, le président palestinien Mahmoud Abbas a insisté sur son refus d'un énième accord intérimaire et de toute prolongation des neuf mois prévus pour les négociations, qui s'achèvent fin avril.

Diana Buttu, ancienne conseillère de l'équipe de négociations palestinienne, aspire à "développer une stratégie juridique qui défie Israël (...) et soit centrée sur l'idée de défendre les droits palestiniens plutôt que de les soumettre à des compromis".

"Ce qui a manqué, c'est l'idée de se focaliser sur la décolonisation", a-t-elle plaidé dans une conférence panarabe à Doha au début du mois.

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