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Fukushima: Barbara Judge, ex-présidente de l'autorité nucléaire britannique, veut changer la culture de Tepco

27/12/2013 03:56 EST | Actualisé 25/02/2014 05:12 EST

Ex-présidente de l'autorité nucléaire britannique, l'Américaine Barbara Judge travaille aujourd'hui pour la compagnie gérante de la centrale de Fukushima, Tepco, dans laquelle elle veut instiller "une culture de sûreté", a-t-elle expliqué dans un entretien à l'AFP.

Cette femme au style strict mais non dépourvue d'humour a été recrutée il y a quelques mois par Tokyo Electric Power (Tepco) pour rejoindre d'autres experts internationaux dans un Comité de suivi de la gestion des suites de l'accident nucléaire survenu en mars 2011 à cause d'un puissant tsunami dans le nord-est du Japon.

"Tepco doit passer d'une culture d'efficacité à une culture de sûreté. C'est un objectif très difficile à atteindre. Certains disent que cela prend 2 ou 3 ans, mais je dois y parvenir plus vite car le temps presse", insiste-t-elle.

Lady Judge n'est pas une spécialiste des technologies nucléaires, mais à l'entendre, elle sait définir des objectifs, organiser et superviser.

A la suite d'une série infernale de pépins liés à la présence dans le complexe atomique ravagé de plus de 300.000 mètres cubes d'eau contaminée, l'image de Tepco, qui était déjà très mauvaise, a encore été dégradée, d'autant que la communication autour de ces incidents laissait à désirer.

"La compagnie Tepco doit à l'avenir être vigilante sur sa façon de tenir la population informée, car il est à prévoir que d'autres problèmes techniques auront lieu, le démantèlement étant une tâche longue et complexe", avait déclaré cette été Mme Judge.

"Malgré une résistance initiale, il semble que les responsables de Tepco aient compris récemment que la sûreté est la priorité", dit-elle aujourd'hui. En l'espace de six mois, les choses se sont selon elle grandement améliorées.

"Je pense que l'élément clef a été le plan de retrait du combustible usé de la piscine du réacteur 4. Il a été préparé simultanément sur le volet technique opérationnel, et sur le volet de la sûreté. Le succès jusqu'à présent de cette opération délicate a montré que c'était une bonne idée", s'enthousiasme-t-elle.

"La haute-direction de Tepco en a pris conscience et c'est essentiel. La tâche elle-même a été valorisée. Il y a un nouvel engagement visible. La motivation est extrêmement élevée et le fait d'avoir réussi au départ donne envie de poursuivre dans la même voie".

Reste que le problème de l'eau souillée, lui, semble toujours entier et que même s'il existe un plan de lutte établi avec le gouvernement, Mme Judge reconnaît ne pas être sur le terrain pour mesurer la largeur du fossé entre les desiderata de l'Etat et les capacités de mise en oeuvre sur place.

Sa mission s'étend en revanche au-delà de Fukushima.

"Ma stratégie est de faire en sorte que la culture de sûreté soit adoptée de façon générale. Il faut étudier in extenso ce qu'il s'est passé à Fukushima Daiichi et en tirer toutes les leçons pour Kashiwazaki-Kariwa", le plus grand complexe atomique de Tepco, aujourd'hui stoppée mais que la compagnie veut vite redémarrer.

"Je pense que beaucoup de centrales dans le monde ont une culture d'efficacité et il faut hélas que se produisent des accidents pour que cela change. Au Japon, il n'y avait pas de plan de gestion de crise, personne pour prendre des décisions. De plus le régulateur était trop proche de l'opérateur(...). Désormais, je pense que les pratiques antérieures ne se reproduiront pas".

"Cependant, nous n'en sommes qu'au début. Je croirai que ma mission est une réussite si un jour un jeune ou nouvel employé peut dire à son patron qu'il vaudrait mieux stopper les installations pour des questions de sûreté et que son chef accepte, puis le promeuve. Pour cela, il faut un changement dans l'organisation, dans les comportements, et dans la façon de travailler".

kap/pn/ros

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