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Egypte: des islamistes rassemblés malgré l'interdiction, 1 mort, 150 arrestations

27/12/2013 10:26 EST | Actualisé 26/02/2014 05:12 EST

Quelque 150 membres des Frères musulmans, considérés désormais par les autorités égyptiennes comme un "groupe terroriste", ont été arrêtés vendredi lors de rassemblements interdits marqués par des heurts ayant fait au moins un mort.

Malgré la vague de répression qui s'abat sur eux depuis cet été et le nouveau coup dur de leur désignation mercredi comme groupe "terroriste", les partisans de Mohamed Morsi, le président islamiste renversé le 3 juillet par l'armée, avaient appelé à manifester dès vendredi au Caire et partout dans le pays.

"Poursuivons avec force et pacifiquement une nouvelle vague d'actions majestueuses anti-coup d'Etat", a lancé dans un communiqué l'Alliance anti-coup d'Etat, dirigée par les Frères musulmans.

Les manifestants, qui s'étaient rassemblés dans plusieurs villes du pays après la grande prière hebdomadaire, ont lancé des pierres sur les forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes.

Un homme a été tué dans des heurts entre policiers et islamistes à Samaloute, au sud du Caire, selon une source hospitalière, et au moins 148 manifestants pro-Morsi ont été arrêtés à travers le pays, selon un responsable de la police.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Hany Abdel Latif, a expliqué à l'AFP qu'une enquête était en cours sur le décès et qu'un policier avait été blessé dans la même province, accusant les manifestants d'avoir utilisé des armes à feu et des bombes incendiaires.

Des manifestants ont mis le feu à plusieurs voitures de police au Caire et dans la province de Miniyah (sud), selon une source de sécurité.

Dans la capitale, une dizaine de blindés se sont précipités vers une mosquée où la police soupçonnait un rassemblement des Frères musulmans. Des perquisitions ont été menées dans les immeubles alentours.

Toujours au Caire, la police a tiré des gaz lacrymogènes vers des manifestants qui jetaient des pierres depuis l'intérieur du dortoir de l'université Al-Azhar. Des heurts entre policiers et manifestants ont également eu lieu à Ismaïliya, dans le nord du pays, selon des journalistes de l'AFP.

L'homme fort du nouveau pouvoir, le général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l'armée, avait promis jeudi d'"éliminer" les terroristes et de faire revenir la "stabilité" dans le pays, après deux attentats en deux jours.

Mardi, un attentat suicide à la voiture piégée contre un bâtiment de la police a fait 15 morts à Mansoura (nord) et jeudi matin, un attentat visant un bus a fait cinq blessés dans le nord du Caire.

Jeudi soir, des étudiants partisans de M. Morsi s'étaient déjà rassemblés au Caire, où le ministère de l'Intérieur a fait état d'un mort dans des heurts ayant ensuite éclaté avec des opposants du président déchu.

L'attentat de Mansoura a été revendiqué par un mouvement jihadiste, Ansar Beit al-Maqdess, mais le gouvernement considère les Frères musulmans comme responsables de cette attaque, que la confrérie a dénoncée.

Risque de radicalisation ?

Les dirigeants de la confrérie risquent désormais la peine capitale pour "terrorisme", a expliqué le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Hany Abdel Latif.

Quant à ses membres, ils sont interdits de manifestation, et le journal du mouvement, "Liberté et Justice", a été définitivement interdit, de même que le parti du même nom, qui avait remporté toutes les élections organisées depuis la révolte de 2011.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a déploré la décision du pouvoir égyptien.

Depuis la destitution de M. Morsi, l'Egypte est entrée dans un engrenage de violences. Les autorités répriment dans le sang les islamistes, et les plus radicaux d'entre eux mènent des attaques qui ont tué plus d'une centaine de policiers et de soldats.

Les autorités accusent régulièrement la confrérie d'aider et de financer les attentats contre les forces de l'ordre, sans toutefois apporter la preuve des liens entre les jihadistes et les Frères musulmans, tenants d'un islam politique plus modéré.

L'implacable campagne des autorités dirigées de facto par les militaires a fait plus de 1.000 morts et des milliers d'arrestations dans les rangs islamistes.

Bannis mais tolérés sous le régime de Hosni Moubarak et véritablement sortis de la clandestinité à son départ en 2011, les Frères musulmans pourraient se radicaliser après avoir été dépossédés d'une présidence acquise via les urnes, estiment les experts.

En destituant M. Morsi, les militaires ont promis une "transition démocratique", qui doit se clore par des élections législatives et présidentielle mi-2014.

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