NOUVELLES

Pourquoi le sanctuaire Yasukuni de Tokyo est-il le siège d'une interminable polémique?

26/12/2013 03:24 EST | Actualisé 24/02/2014 05:12 EST

Chaque visite d'un dignitaire de l'Etat nippon au sanctuaire Yasukuni de Tokyo suscite la colère des Chinois et Sud-Coréens. Pourquoi ce lieu de culte est-il le siège d'une polémique irrésolue depuis près de trois décennies ?

Question: Quelle est la vocation du sanctuaire Yasukuni de Tokyo ?

Réponse: Lle sanctuaire Yasukuni est un lieu de culte shintoïste, une des deux principales religions du Japon. Il a été édifié sous un autre nom en 1869, initialement pour rendre hommage aux soldats alors morts pour l'empereur. Rebaptisé Yasukuni en 1979, y sont désormais honorés quelque 2,5 millions de militaires qui ont péri pour le pays lors des conflits armés depuis l'ère Meiji débutée en 1868. Il est passé sous statut privé, indépendant de l'Etat, après 1945.

Q: Pourquoi suscite-t-il tant de colère de la part de la Chine et de la Corée du Sud ?

R: La querelle qui l'entoure est née quelques années après l'inscription en 1978 des noms de 14 Japonais condamnés comme criminels de guerre par les Alliés après la capitulation du Japon en août 1945.

La Chine et la Corée du Sud, victimes du militarisme des Japonais dans la première moitié du XXe siècle, vivent comme un affront l'honneur posthume fait à ces personnes. Depuis, chaque visite d'un quelconque représentant de l'Etat nippon au Yasukuni provoque l'ire de Pékin et Séoul pour qui le Yasukuni glorifie l'impérialisme japonais.

Q: Est-il fréquent pour les Premiers ministres japonais de se rendre au Yasukuni, et comment justifient-ils leurs visites ?

R: Contrairement à des parlementaires ou ministres qui s'y rendent jusqu'à plusieurs fois par an, les chefs de gouvernement en exercice ont tendance à s'abstenir de visiter le Yasukuni afin de ne pas envenimer la situation avec les pays voisins.

Toutefois, M. Abe, qui s'en était privé lors de son premier passage à la tête du pays en 2006-2007, dit avoir souffert de cette situation, selon lui attentatoire au respect dû aux morts pour la patrie.

Plusieurs des prédécesseurs de droite de M. Abe, dont Junichiro Koizumi, qui s'est rendu chaque année au Yasukuni lors de son mandat entre 2001 et 2006, expliquent qu'il est naturel pour les responsables gouvernementaux de rendre hommage à ceux qui ont sacrifié leur vie pour leur pays et que cela a lieu dans de nombreuses nations du monde. Ils ajoutent que ce geste ne doit pas avoir de conséquences politiques et encore moins diplomatiques.

Q: Y-a-t-il une polémique autour du Yasukuni au Japon même ?

R: Oui. Le sanctuaire qui accueille un très large public n'est pas mis en cause en tant que tel, mais la légimité des visites des chefs de gouvenement fait débat. Selon des opposants, elles contreviennent à la séparation constitutionnelle de la religion et de l'Etat, mais cette question juridique plusieurs fois mise en avant n'a jamais été tranchée. Elle est d'autant plus difficile à résoudre que certains Premiers ministres ont dit se rendre au Yasukuni à titre personnel. Jeudi, le ministère des Affaires étrangères a assuré que le geste de M. Abe était d'ordre privé, mais l'intéressé l'a justifié en tant que Premier ministre du Japon.

Q: N'y-t-il pas une solution pour permettre aux responsables politiques nippons de saluer l'âme de militaires sans donner à leurs voisins l'impression d'honorer des criminels de guerre ?

C'est un vieux débat au Japon. D'aucuns ont suggéré que soit édifié ailleurs un mémorial de recueillement, d'autres ont proposé de supprimer les noms des 14 individus problématiques, mais aucune idée ne satisfait car toutes se heurtent à des difficultés diverses, d'ordre idéologique, religieuse ou constitutionnelle. Une seule chose est certaine: les autorités politiques ne peuvent pas forcer un sanctuaire privé à agir dans tel ou tel sens.

kap/pn/ros

PLUS:hp