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Mao, du même calibre que Staline ou Hitler?

26/12/2013 10:05 EST | Actualisé 25/02/2014 05:12 EST
AFP

Pendant que les autorités chinoises célèbrent le 120e anniversaire de Mao Tsé-Toung, plusieurs voix s'élèvent pour réclamer la vérité sur le règne meurtrier du dictateur.

Un texte d'Yvan Côté

Son visage est visible aux quatre coins du pays, et de nombreux Chinois le vénèrent encore aujourd'hui comme s'il était un dieu. Mao Tsé-Toung a beau être considéré comme un dictateur en Occident, chez lui, il demeure le sauveur de la nation.

D'ailleurs, pour marquer son 120e anniversaire de naissance, certains membres du régime ont décidé d'investir des sommes gigantesques en son honneur. L'oeuvre qui a fait le plus de bruit : une statue d'or et de jade que 20 artistes ont mis huit mois à créer.

Elle se trouve à Shenzhen, une ville en pleine expansion dans le sud de la Chine. Pour l'instant, on ne sait pas qui a donné les 16,5 millions de dollars nécessaires à l'installation de ce monument.

Les autorités veulent aussi éditer une nouvelle version de luxe du livre rouge, et le gouvernement local de Shaoshan, la région où est né Mao, a annoncé qu'il dépenserait 330 millions de dollars en projets touristiques et en commémorations pour souligner l'anniversaire du Grand Timonier.

Devant ces excès, le président Xi Jinping a pressé ses camarades de faire preuve de sobriété, et il a indiqué que les cérémonies devront être « solennelles, simples et pratiques ».

Legs contesté

Alors que le régime s'assure que Mao Tsé-Toung demeure l'emblème suprême de la Chine, plusieurs voix tentent de s'élever pour dénoncer la propagande. Mais quiconque ose critiquer publiquement l'ex-dictateur peut encore aujourd'hui avoir de graves problèmes. C'est pourquoi Zhang Lifan, un historien, a tenu à nous rencontrer à l'abri des regards dans notre bureau de Pékin.

L'intellectuel redouble de prudence ces jours-ci, puisqu'il a publié un sondage web sur les atrocités perpétrées par Mao dans les années 1950 et 1960. Lorsque les résultats de sa recherche ont indiqué que 80 % des internautes voulaient connaître la vérité entourant le règne du dictateur, son site a disparu et le régime s'est empressé de censurer les résultats.

Parmi ceux-ci, indique-t-il, le véritable impact de la politique du « Grand bond en avant ». Il explique que lorsque Mao a transformé les terres agricoles en communes en 1958, il s'est aussi emparé de la quasi-totalité de la production des fermiers pour financer ses projets industriels.

Une décision catastrophique, croit-il, qui a eu des conséquences énormes que le parti tente de cacher à la population. En fait, selon le régime, 2,5 millions de personnes seraient alors mortes de faim. Les historiens estiment pour leur part qu'entre 20 et 45 millions de paysans auraient perdu la vie pendant cette période.

Cette famine, rappelle-t-il, est considérée comme étant la plus meurtrière de l'histoire de l'humanité.

Sa vision reste pour l'instant marginale en Chine. Le parti semble plus intéressé en ce moment par la croissance économique que par la révision de ses livres d'histoire.

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