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Malgré son remaniement, Erdogan toujours menacé par le scandale de corruption

26/12/2013 12:54 EST | Actualisé 25/02/2014 05:12 EST

Malgré un vaste remaniement ministériel opéré dans l'urgence, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan restait jeudi plus que jamais empêtré dans le scandale de corruption sans précédent qui agite le pays et semble désormais menacer directement sa famille.

Loin de calmer la tempête politique soulevée la semaine dernière par la justice, le remodelage du gouvernement a été rapidement relégué au second plan par le bras de fer qui oppose les procureurs d'Istanbul en charge du dossier à leur hiérarchie, sur fond de guerre ouverte entre le pouvoir islamo-conservateur et la confrérie du prédicateur musulman Fetullah Gülen.

Après plusieurs jours de rumeurs, les médias turcs ont confirmé jeudi que l'enquête s'intéressait de très près à un des deux fils de M. Erdogan.

Selon le journal Milliyet, le chef du gouvernement aurait lui-même confié son inquiétude. "La cible principale de cette opération, c'est moi", aurait-il dit à son entourage, cité par le quotidien.

Le journal d'opposition Cumhurriyet a prédit dans ses colonnes un "séisme" au sommet de l'Etat en évoquant l'implication dans le scandale d'une ONG, la Fondation turque pour le service des jeunes et de l'éducation (Turgev), dirigée par Bilal, le premier fils de M. Erdogan.

Dans ce climat de rumeurs incessantes, la bataille qui faisait rage en coulisses entre les procureurs stambouliotes chargés de l'affaire et la hiérarchie de la police, reprise en main après une purge de grande ampleur, a éclaté au grand jour.

L'un d'entre eux, Muammer Akkas, a révélé que la police avait refusé d'exécuter les mandats d'arrêts délivrés contre une trentaine de nouveaux suspects, notamment des députés du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, et des hommes d'affaires.

"Tous mes collègues ainsi que le public devraient savoir que, en tant que procureur, j'ai été empêché de lancer une enquête", a déclaré M. Akkas dans un communiqué de presse inédit, dénonçant des "pressions" de la police et de sa hiérarchie.

Son supérieur hiérarchique, le procureur en chef d'Istanbul Turan Colakkadi lui a répliqué dans la foulée en affirmant que les magistrats du parquet ne pouvaient pas lancer "d'enquêtes au hasard", au risque de créer le chaos dans l'institution judiciaire.

Ce conflit illustre aux yeux des observateurs le tour pris par le conflit qui oppose le gouvernement de M. Erdogan à ses ex-alliés de la confrérie Gülen, particulièrement influente dans la police et la magistrature turques.

"Pas de trêve"

A quatre mois des élections municipales, la guerre fratricide entre islamistes semble s'envenimer après la décision prise en novembre par le gouvernement de fermer les "dershane", ces boîtes à bac, principale source de financement de la confrérie.

"Il n'y aura pas de trêve", prédit dans le quotidien Vatan l'éditorialiste libéral Rusen Cakir, "au contraire, cette guerre deviendra de plus en plus violente pour virer à un combat de survie pour chacune des parties".

Dans ce climat délétère, une partie du nouveau gouvernement nommé mercredi soir par M. Erdogan s'est retrouvée jeudi autour du président Abdullah Gül pour une réunion du conseil de sécurité.

Dix portefeuilles ont changé de mains lors de ce mouvement, provoqué par la démission mercredi des ministres de l'Intérieur, de l'Economie et de l'Environnement, dont les fils ont été inculpés dans le scandale en cours.

Parmi les nouveaux ministres, celui de l'Intérieur Efkan Ala, un proche conseiller d'Erdogan, a pour mission, selon l'opposition, de reprendre politiquement en main la police.

"Le Premier ministre a formé un cabinet presque tout neuf et retroussé ses manches pour affronter l'un des plus grands défis de sa carrière", a estimé jeudi Abdulkadir Selvi, chroniqueur au journal pro-gouvernemental Yeni Safak.

Menacé par l'enquête judiciaire, critiqué par l'opposition, le chef du gouvernement pourrait également être contesté dans la rue.

Mercredi soir, des milliers de personnes ont manifesté à Istanbul, Ankara et Izmir (ouest) pour dénoncer la corruption et réclamer la démission du Premier ministre, faisant ressurgir le spectre des manifestations qui ont fait vaciller le gouvernement pendant les trois premières semaines du mois de juin.

De nouveaux appels à manifester ont été lancés pour vendredi à Istanbul et Ankara.

Ces turbulences politiques ont continué à affecter la confiance des marchés. La devise nationale a poursuivi sa chute à 2,1277 livres pour un dollar en clôture, contre 2,0907 mercredi, tandis que le principal indice de la bourse d'Istanbul a encore reculé de 2,33% jeudi, après une chute de 4,2% la veille.

BA-pa/via

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