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Le Premier ministre japonais prie au sanctuaire Yasukuni et exaspère la Chine

26/12/2013 02:34 EST | Actualisé 24/02/2014 05:12 EST

Le Premier ministre nippon Shinzo Abe a prié jeudi au Yasukuni, provoquant la colère de la Chine et de la Corée du Sud qui voient en ce sanctuaire un symbole des atrocités commises par l'armée japonaise dans le passé.

M. Abe, un conservateur aux convictions nationalistes, s'est rendu dans ce lieu de culte shintoïste du coeur de Tokyo un an pile après son retour au pouvoir le 26 décembre 2012.

Il a passé une dizaine de minutes dans le sanctuaire, où deux bouquets de fleurs blanches portant son nom et son titre ont été déposées.

A sa sortie, M. Abe a déclaré avoir voulu montrer sa "détermination à ce que personne ne souffre à nouveau de la guerre".

Aucun chef de gouvernement japonais en exercice n'avait effectué cette visite depuis Junichiro Koizumi le 15 août 2006, jour anniversaire de la capitulation du Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le Yasukuni honore les âmes de 2,5 millions de militaires morts pour le Japon. Il souffre d'une mauvaise réputation à l'étranger depuis l'inscription en 1978 des noms de 14 criminels de guerre, condamnés après 1945 par les Alliés, dont celui du général Hideki Tojo, Premier ministre du Japon lors de l'attaque sur Pearl Harbor en 1941.

Ce vaste sanctuaire est abhorré par la Chine et la Corée du Sud, pays dont les relations avec le Japon restent marquées par les atrocités commises par les troupes nippones pendant la colonisation de la péninsule coréenne (1910-1945) et l'occupation partielle de la Chine (1931-1945).

La Chine a immédiatement exprimé "sa vive colère à l'égard des dirigeants japonais pour leur mépris affiché envers les sentiments du peuple chinois", via un communiqué du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Qin Gang.

"L'essence des visites des responsables japonais au sanctuaire Yasukuni est de magnifier l'histoire de l'agression militariste et de la domination coloniale du Japon", a-t-il poursuivi, ajoutant que le Japon "devra en assumer les conséquences".

Le ministre sud-coréen de la Culture, Yoo Jin-Ryong, a exprimé pour sa part la "colère" de son pays à propos de ce déplacement effectué "malgré les inquiétudes et mises en garde de ses voisins". M. Abe a assuré n'avoir pas voulu "blesser les Chinois et les Sud-Coréens".

Ces réactions étaient prévisibles. Les rapports de Tokyo avec Pékin et Séoul sont tendus en raison de différends territoriaux. M. Abe n'a tenu aucun sommet avec les dirigeants chinois et sud-coréen depuis son arrivée au pouvoir.

La Chine et le Japon se disputent la souveraineté des îles Senkaku que les Nippons administrent en mer de Chine orientale, mais que Pékin revendique sous le nom de Diaoyu.

La Chine envoie régulièrement des navires près de ces îlots situés à 200 km au nord-est de Taïwan et à 400 km à l'ouest d'Okinawa (sud du Japon), où croisent aussi des garde-côtes japonais, ce qui fait craindre un incident armé entre les deux puissances.

Le danger est d'autant plus redouté que Pékin a décrété en novembre une zone d'identification aérienne englobant le ciel des Senkaku/Diaoyu.

Pour dissiper les craintes d'un bégaiement de l'histoire, M. Abe a rappelé dans un communiqué que "le Japon avait construit un pays libre, démocratique et pacifique depuis la fin de la guerre". "Il n'y a absolument aucun doute sur le fait que nous poursuivrons dans cette voie".

Mais certains lui reprochent d'avoir très mal choisi son moment, jusqu'au proche allié américain.

"Les Etats-Unis sont déçus que le gouvernement du Japon ait pris cette initiative qui va exacerber les tensions", a souligné l'ambassade américaine à Tokyo.

L'Union européenne a elle aussi déploré le geste de M. Abe. Sa visite au sanctuaire "n'est pas propice à une réduction des tensions ni à une amélioration des relations du Japon avec ses voisins, en particulier la Chine et la république de Corée", a déclaré la chef de la diplomatie de l'UE Catherine Ashton dans un communiqué.

Les budgets alloués à la défense augmentent en Chine comme au Japon, au point d'y faire craindre à Washington "une possible montée du militarisme", a analysé Takehiko Yamamoto, professeur de relations internationales à l'Université de Waseda à Tokyo.

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