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Centrafrique: les soldats français dans la rue à Bangui, cinq soldats tchadiens tués

26/12/2013 04:51 EST | Actualisé 24/02/2014 05:12 EST

La tension régnait toujours jeudi matin dans la capitale centrafricaine Bangui, en partie quadrillée par les soldats français au lendemain d'une journée de violences et d'anarchie au cours de laquelle cinq soldats tchadiens de la force africaine (Misca) ont été tués.

"J'ai appris que cinq soldats tchadiens ont été tués", a annoncé jeudi Eloi Yao, un porte-parole de la Misca, une force de près de 4.000 hommes déployés au côté des 1.600 militaires français de l'opération Sangaris.

"Hier (mercredi), la ville était dans la confusion totale, et cette confusion a duré jusqu'à la fin de la soirée, nous essayons aujourd'hui de comprendre ce qui s'est passé", a expliqué M. Yao.

Jeudi matin, un pick-up carbonisé de l'armée tchadienne, avec encore un cadavre à l'intérieur, occupait une rue du quartier de Gobongo, proche de l'aéroport, a constaté un photographe de l'AFP.

Mercredi, toute la journée, des tirs d'origine indéterminée ponctués de détonations, avaient semé la panique dans les quartiers nord de la capitale puis près de l'aéroport, sécurisé par les Français et où stationnent les hommes de Sangaris et les différents contingents de la Misca.

Ces violences avaient provoqué la fuite de milliers d'habitants désemparés, dont beaucoup sont venus se réfugier en famille aux abords de l'aéroport, où s'agglutinent déjà dans la plus grande précarité des dizaines de milliers de déplacés.

Les affrontements ont progressivement cessé avec la tombée de la nuit. Jeudi matin, un calme précaire était revenu à Bangui et les artères menant à l'aéroport étaient largement investies par l'armée française, dont les nombreux véhicules blindés et de transport de troupes bordent les avenues. Des soldats français menaient des opérations de fouille dans la zone.

Selon les habitants de Gobongo, où le pick-up tchadien a été détruit, les soldats tchadiens ont été la cible d'une attaque de miliciens "anti-balaka" dans la soirée (milices d'auto-défense chrétiennes). Les militaires tchadiens sont ensuite revenus dans le quartier, où ils ont ouvert le feu à l'arme lourde sur les assaillants, toujours selon des habitants, qui ont fait état de la mort d'une petite fille dans les tirs.

Les Burundais aussi attaqués

"Plusieurs de nos positions ont été attaquées pendant la nuit", a par ailleurs indiqué à l'AFP le chef du contingent burundais de la Misca, le lieutenant-colonel Pontien Hakizimana. "Nous avons contenu les assaillants, sans aucune perte de notre côté", a-t-il déclaré. "Depuis ce matin", les soldats burundais "patrouillent dans les rues de Bangui, et tout est calme".

A Gobongo, et dans d'autres quartiers proches de l'aéroport, les habitants recommençaient à sortir timidement de chez eux. Au sol, sur le bitume ou dans la poussière, des douilles de mitrailleuse lourde témoignaient des affrontements de la veille.

Des tirs sporadiques d'origine indéterminée ont par été signalés dans le 5e arrondissement, dans le centre de Bangui.

Comme à chaque pic de violences, plusieurs versions circulaient sur les évènements des dernières 24 heures. Des habitants parlaient surtout d'attaques menées par des "anti-balaka". D'autres assurent que des éléments de l'ex-rébellion Séléka (au pouvoir) ont pris part aux affrontements pour les repousser.

Selon Médecins sans frontières (MSF), neuf blessés, par balle et par arme blanche, ont été amenés depuis hier soir à l'hôpital communautaire, principal établissement hospitalier de Bangui.

Un habitant du PK5, un quartier mixte à dominante musulmane près de l'aéroport, a indiqué que les corps de plusieurs personnes, tuées par des "anti-balaka" infiltrés dans le secteur, ont été rassemblés dans une mosquée.

Un millier de personnes ont été tuées depuis le 5 décembre à Bangui et en province, dans les attaques des milices "anti-balaka" (anti-machette, en langue sango) et dans les représailles de la Séléka contre la population.

Un allié tchadien devenu encombrant

Après un court répit, les violences ont repris dans la capitale en fin de semaine dernière, montant en puissance au fil des jours. Les soldats français de Sangaris et les troupes de la Misca peinent visiblement à éteindre l'incendie qui continue de couver, dans une ville toujours minée par les haines confessionnelles. Beaucoup de chrétiens, victimes pendant des mois des exactions des Séléka, ont soif de vengeance contre les ex-rebelles et les civils musulmans qui leur sont désormais associés.

La tâche des Français est rendue plus compliquée encore par l'attitude et les ambiguïtés de son allié tchadien, puissance régionale traditionnellement très influente en Centrafrique, et partenaire incontournable de Paris pour rétablir la sécurité dans le pays.

Avec 850 hommes, aguerris et bien équipés, le contingent tchadien est omniprésent à Bangui. Il y joue le rôle de protecteur de la minorité musulmane, mais également du pouvoir du président (et ex-chef rebelle) Michel Djotodia.

Les Centrafricains accusent les Tchadiens de soutenir les ex-rebelles Séléka -dont certains sont originaires du Tchad- qui ont renversé le président François Bozizé en mars, et fait subir pendant des mois aux civils leur loi d'airain. Ces militaires tchadiens ont été impliqués récemment dans plusieurs incidents, dont des tirs fratricides sur leurs collègues burundais de la Misca.

Mercredi, la Misca a annoncé le prochain départ de Bangui des troupes tchadiennes et leur redéploiement vers le nord du pays, frontalier du Tchad. Au moins 23 soldats tchadiens ont été tués en Centrafrique depuis le déploiement des troupes de N'Djamena dans le pays, selon un décompte de l'AFP.

bur-hba/aub

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