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Bangladesh: la chef de l'opposition assigné à résidence, l'armée déployée

26/12/2013 03:53 EST | Actualisé 24/02/2014 05:12 EST

L'opposition au Bangladesh a accusé jeudi les autorités d'avoir placé sa chef en résidence surveillée "virtuelle", après un appel à manifester contre les prochaines élections législatives qui se tiendront sous la surveillance de l'armée déployée en masse.

L'ancienne Premier ministre, Khaleda Zia a prévu d'organiser une manifestation de masse le 29 décembre à Dacca pour dénoncer la tenue du scrutin prévu le 5 janvier et qui sera boycotté par 21 partis d'opposition.

Khaleda Zia, qui dirige le principal parti d'opposition, le Bangladesh Nationalist Party (BNP), est "virtuellement placée en résidence surveillée chez elle depuis hier", selon un responsable de son parti.

"La police n'autorise personne à la rencontrer, y compris les dirigeants du parti et des sympathisants. C'est l'une des décisions du gouvernement pour contrecarrer la marché pour la démocratie du 29 décembre", a estimé le vice-président du BNP, Shamsher Mobin Chowdhury, à l'AFP.

La police affirme qu'elle s'est contentée d'"améliorer" la sécurité de Mme Zia en envoyant des renforts l'extérieur de son domicile. Elle a aussi confirmé l'arrestation de deux dirigeants du BNP mercredi devant chez Mme Zia mais a démenti qu'il s'agissait d'éviter qu'ils rencontrent la leader du BNP.

Mme Zia, deux fois Premier ministre, avait appelé mardi ses sympathisants à défiler dimanche pour "dire +non+ à ces élections grotesques et +oui+ à la démocratie".

L'opposition exige depuis plusieurs mois l'installation d'un gouvernement technique pour superviser le scrutin mais la Première ministre Sheikh Hasina refuse cette éventualité.

Dans ce contexte tendu, des soldats vont être déployés dans au moins 59 des 64 districts du pays. Selon la presse, ils seront quelque 50.000 à être postés dans le pays.

"Ils pourront riposTer en cas de violences et patrouilleront dans les zones importantes, dans les rues et les grands axes routiers", a dit à l'AFP le porte-parole de la commission électorale, S.M. Asaduzzaman.

Année la plus meurtrière depuis 71

Les premières troupes ont été déployées en début de semaine mais l'essentiel va prendre position ce jeudi et jusqu'au 9 janvier, a indiqué de son côté le porte-parole de l'armée, Muhammad Reza-ul Karim.

"Les soldats ont été déployés à la demande de la commission électorale (...) pour assurer des élections libres, justes et pacifiques", a-t-il dit dans un communiqué.

Le BNP a condamné ce déploiement de forces, estimant qu'il allait dresser l'armée contre le peuple et accroître les tensions.

Le Bangladesh connaît son année la plus meurtrière depuis son indépendance en 1971, avec au moins 269 morts.

Ces violences se sont multipliées à la suite de condamnations à mort controversées par un tribunal jugeant les crimes de guerre commis en 1971 et lors de manifestations contre la tenue du scrutin du mois prochain.

La plupart de ces violences ont été imputées aux partisans du Jamaat-e-Islami, le principal parti islamiste interdit de participer aux élections.

Elles mettent en lumière une polarisation croissante de la vie politique du pays.

Les Etats-Unis, l'Union européenne et le Commonwealth ont renoncé à envoyer des observateurs pour les élections, affaiblissant un peu plus la crédibilité du scrutin.

Les pourparlers organisés en urgence récemment sous l'égide de l'Onu pour trouver un accord entre le parti au pouvoir, l'Awami League, et le BNP sur les élections ont échoué, les deux "bégums" à la tête des deux partis se vouant une haine mutuelle tenace.

L'économie bangladaise souffre depuis plusieurs semaines de grèves générales et blocus qui affectent des millions de paysans pauvres et la classe moyenne urbaine du huitième pays le plus peuplé du monde.

Ces grèves ont affaibli un peu plus une économie déjà mise à mal par l'effondrement d'une usine textile en avril qui a fait plus d'un millier de morts et déclenché des troubles de la part de salariés du secteur en colère.

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