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Trois ministres turcs démissionnent suite à l'arrestation de leurs fils

25/12/2013 10:51 EST | Actualisé 24/02/2014 05:12 EST

Trois ministres turcs ont démissionné mercredi, après l'arrestation la semaine dernière de leurs fils dans le cadre d'une enquête sur des soupçons de corruption, qui tourne à l'épreuve de force entre le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, et la justice.

Immédiatement après l'annonce de sa démission, Erdogan Bayraktar, ministre de l'Environnement, a conseillé à Recep Tayyip Erdogan de quitter lui aussi ses fonctions, ce qui marque une contestation inédite du premier ministre dans son propre camp.

« Pour le bien de cette nation et de ce pays, je crois que le premier ministre devrait démissionner », a dit sur une chaîne de télévision Erdogan Bayraktar, dont le fils a brièvement été arrêté le 17 décembre, au début de l'enquête publique. 

Ses collègues de l'Intérieur et de l'Économie, Muammer Guler et Zafer Caglayan, comptent eux aussi un fils chacun parmi les 24 personnes interpellées ce jour-là. Ils affirment l'un comme l'autre que leurs proches sont innocents.

L'enquête, qui concerne en premier lieu le directeur général de la banque publique Halkbank, a fragilisé Recep Tayyip Erdogan. De nombreux observateurs lient l'agitation en cours à la rivalité entre le premier ministre et un ancien allié, l'influent prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux États-Unis.

Le premier ministre a répliqué à la vague d'arrestations en limogeant plusieurs responsables de la police nationale, dont ceux de plusieurs services de la police d'Istanbul, où se trouve le siège d'Halkbank.

Lors d'une réunion de son Parti de la justice et le développement (AKP), Recep Tayyip Erdogan a juré mercredi que la formation islamiste ne sous-estime ou ne tolère pas la corruption.

Un ministre dénonce un « montage sordide »

« J'ai démissionné de mon poste de ministre de l'Économie pour aider à la manifestation de la vérité et pour permettre de faire échouer cet horrible complot, qui a touché entre autres mon enfant et certains de mes plus proches collègues de travail », a expliqué Zafer Caglayan dans un communiqué.

Dans un communiqué distinct, Muammer Guler a qualifié l'affaire en cours de « montage sordide visant notre gouvernement, notre parti et notre pays ».

Même si bon nombre d'investisseurs internationaux étaient absents en ce jour de Noël, le principal indice de la Bourse turque perdait plus de 2 % après les déclarations du ministre de l'Environnement en faveur de la démission de Recep Tayyip Erdogan. La livre, tombée vendredi à un plus bas historique de 2,0983 pour un dollar, restait à un bas niveau. 

L'affaire a ravivé chez de nombreux Turcs le sentiment anti-Erdogan qui avait fait le succès des manifestations de la mi-2013. Une partie de l'opinion publique reproche au premier ministre d'islamisation rampante du pays et de dérive autoritaire. L'Union européenne a appelé de son côté Ankara à veiller à préserver la séparation des pouvoirs.

Mardi, le président Abdullah Gül est sorti de son silence pour souhaiter que toute la lumière soit faite sur les affaires qui agitent actuellement le pays.

Conséquences politiques

Aux yeux des analystes politiques, l'enquête anticorruption en cours et ses développements politiques pourraient nuire au soutien populaire dont bénéficie l'AKP. Mais cela ne devrait pas menacer pour autant le gouvernement dans l'immédiat.

Ces affaires pourraient toutefois affecter les résultats des élections locales de mars. Les prochaines législatives doivent avoir lieu en 2015.  

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