NOUVELLES

Tirs et panique près de l'aéroport de Bangui

25/12/2013 12:17 EST | Actualisé 24/02/2014 05:12 EST

Des centaines de personnes paniquées fuyaient mercredi en fin d'après-midi les quartiers nord de Bangui, où d'intenses tirs d'origine indéterminée se déroulaient à proximité de l'aéroport protégé par les blindés français.

Après de multiples incidents et tirs intermittents au cours de la matinée dans plusieurs quartiers nord de Bangui, ces tirs se sont concentrés et intensifiés au fur et à mesure de la journée, progressant du nord vers le sud.

Vers 15H00 locales (14H00 GMT), ils se sont rapprochés à proximité directe de l'aéroport, où sont basés les soldats français de l'opération Sangaris et les différents contingents de la force africaine (Misca).

Les tirs d'arme automatique, et notamment de mitrailleuse lourde, ne visaient apparemment pas l'aéroport, mais il était très difficile, dans la confusion généralisée, d'en identifier l'origine, et encore moins les belligérants impliqués.

Depuis l'aéroport, le journaliste de l'AFP a pu voir des centaines d'habitants paniqués des quartiers voisins fuir à pied. Courant entre les maisons et tentant de rester à couvert, certains se dirigeaient vers le sud, en direction du centre-ville. Beaucoup d'entre venaient trouver refuge dans une indescriptible cohue aux abords des pistes de l'aéroport, où vivent déjà dans la précarité plusieurs dizaines de milliers de déplacés ayant fui les violences de ces trois dernières semaines.

Position de combat

Une dizaine de blindés français se sont déployés devant l'entrée de l'aéroport, déjà sécurisé par les soldats français qui étaient en position de combat derrière leurs sacs de sable.

Plusieurs véhicules du contingent tchadien de la Misca, 4X4 et blindés, sont sortis de l'aéroport et ont pris la direction du centre-ville.

Les rues et grandes avenues de Bangui se sont littéralement vidées, y compris dans le centre. Des tirs et des détonations pouvaient être entendus par intermittence dans de nombreux quartiers, provoquant la peur parmi les habitants cloitrés chez eux en famille, souvent réfugiés sous les lits par peur des balles perdues.

"Les Séléka (ex-rébellion, au pouvoir) nous tuent, ils sont entrés dans le quartier, ils tirent sur la population", a affirmé par téléphone à l'AFP l'un de ces habitants. D'autres évoquaient au contraire une attaque des milices d'auto-défense chrétienne "anti-balaka". Ces affirmations étaient impossibles à vérifier.

Toute la matinée, des tirs et incidents d'origine indéterminée ont éclaté dans plusieurs quartiers chauds de la ville, alimentant la confusion et le sentiment d'insécurité généralisée.

Un millier de personnes ont été tuées depuis le 5 décembre à Bangui et en province, dans les attaques des milices chrétiennes d'autodéfense "anti-balaka" (anti-machette, en langue sango) et dans les représailles de la Séléka contre la population.

Dans la capitale, après un court répit, les violences ont repris en fin de semaine dernière, montant inexorablement en puissance au fil des jours. Le dispositif français (1.600 hommes, dont un millier déployé à Bangui) et les 4.000 hommes de la Misca n'étaient manifestement pas suffisants pour éteindre l'incendie qui continuait de couver, dans une ville toujours étouffée par les haines confessionnelles, où les chrétiens -victimes pendant des mois des exactions des Séléka- ont soif de vengeance contre les ex-rebelles et les civils musulmans qui leur désormais associés.

Des soldats tchadiens en théorie sur le départ

Mis en cause dans plusieurs incidents récent, et accusé par de nombreux Banguissois de complicité avec l'ex-Séléka, le contingent tchadien de la Misca devrait prochainement quitter Bangui et être redéployé dans le nord du pays à majorité musulmane.

"Tout le contingent tchadien va être envoyé pour sécuriser le nord dans les prochains jours", a annoncé à l'AFP un porte-parole de la Misca, le lieutenant-colonel Ndong Toutoune.

Ce porte-parole n'a donné aucune précision sur les modalités ou la localisation exacte de ce redéploiement.

Cette annonce intervient deux jours après des tirs fratricides au sein même de la force africaine entre militaires tchadiens et burundais. Mardi, le chef du contingent burundais a révélé que ses hommes avaient été la veille la cible d'une attaque de soldats tchadiens, avec tirs d'armes automatiques et jet de grenade. L'attaque avait été repoussée et trois soldats tchadiens blessés, selon cet officier.

Le matin même, une patrouille tchadienne avait brièvement ouvert le feu --sous l'oeil des journalistes-- sur des manifestants anti-Séléka devant l'aéroport, faisant un mort.

Ces incidents à répétition ont suscité un ressentiment croissant chez de nombreux Banguissois, et entamé la crédibilité des militaires de N'Djamena, pourtant aguerris et combatifs, et surtout partenaires incontournables des Français pour espérer rétablir un semblant de stabilité dans le pays.

A Rome, le pape François a demandé mercredi dans son message de Noël l'arrêt des violences en Centrafrique.

"Donne la paix à la République Centrafricaine, souvent oubliée des hommes.", a affirmé Jorge Mario Bergoglio depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre.

xbs-hba/jpc

PLUS:hp