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A Shaoshan, les admirateurs de Mao s'inclinent devant sa statue en or

25/12/2013 05:52 EST | Actualisé 24/02/2014 05:12 EST

Des milliers d'admirateurs de Mao Tsé-toung convergeaient mercredi vers sa ville natale pour s'incliner respectueusement devant des représentations du fondateur de la Chine populaire, dont une statue en or, à la veille du 120e anniversaire de sa naissance.

Venus de tout le pays, ces "pèlerins" nostalgiques de Mao allumaient des pétards et déposaient des fleurs dans la petite ville de Shaoshan, pour rendre un hommage au "Grand Timonier", alors même que le pays reste divisé sur son héritage.

"Il a été un dirigeant exceptionnel, qui a sacrifié ses intérêts pour notre libération", affirme l'institutrice à la retraite Fu Mengnan, après s'être prosternée devant une gigantesque statue en bronze de son idole révolutionnaire.

"J'ai une image du Président Mao à la maison, et je m'incline devant elle matin et soir", poursuit Mme Fu, 56 ans. "Je pense qu'il est un Bouddha, et je lui souhaite un joyeux anniversaire pour lui prouver que je ne l'oublierai jamais!".

Mao Tsé-toung est né à Shaoshan, dans la province centrale du Hunan, il y aura 120 ans jour pour jour jeudi. Douze décennies représentent un jalon symbolique en Chine, où le temps est traditionnellement découpé en cycles de 60 années.

Si le petit-fils très médiatique de Mao, Mao Xinyu, un militaire de forte corpulence, a fait son apparition mardi à Shaoshan, les officiels du gouvernement central semblent en revanche se tenir à l'écart des célébrations.

Alors que les dépenses prévues pour des projets liés à cette commémoration --l'équivalent de 2 milliards d'euros-- avaient suscité l'indignation des internautes, le président Xi Jinping, grand promoteur de l'austérité parmi les cadres du Parti, a exigé que l'hommage à Mao reste "solennel, simple et pragmatique".

Mao, qui mena le Parti communiste chinois (PCC) à la victoire en 1949 après une sanglante guerre civile, est responsable de désastreuses campagnes politiques qui ont fait des millions de morts, du Grand bond en avant (1958-62) à la décennie de la Révolution culturelle, lancée en 1966.

Une stricte censure empêche les Chinois d'accéder à toute autre version que celle du PCC, soigneusement expurgée, qui estime simplement que les actions de Mao étaient "justes à 70% et erronées à 30%".

Mais Mao est aussi devenu ces dernières années un point de ralliement pour tous ceux qui déplorent l'écart abyssal entre riches et pauvres et la corruption endémique -- une source d'inquiétude pour le PCC qui s'applique à faire taire toute contestation.

Un activiste se qualifiant de "maoïste" et vivant dans la capitale provinciale du Hunan, Changsha, a ainsi indiqué que lui et au moins quatre autres de ses connaissances avaient été empêchés de quitter leur domicile et enjoints à ne pas organiser un forum de discussion autour de Mao.

"Le conférencier devant animer le débat a été assigné à résidence par les autorités", a confié cet homme, M. Liu, ne livrant que son nom de famille.

Certains des voyageurs venus se recueillir à Shaoshan se disent persuadés que le pays a pris une "mauvaise direction" depuis la mort de Mao en 1976.

"Il y a beaucoup de problèmes dans la Chine d'aujourd'hui, et le seul moyen de les résoudre est de revenir à la Pensée de Mao Tsé-toung", affirme Chen Yaoyao, un quadragénaire vêtu d'une veste grenat, se référant aux doctrines résumées dans l'emblématique "Petit livre rouge".

"J'espère que nous pourrons mettre en oeuvre un communisme authentique en Chine", ajoute-t-il.

Une fastueuse statue de Mao en or et en jade était particulièrement révérée par les "pèlerins" de Shaoshan, qui s'agenouillaient devant elle sur des coussins pourpres pour présenter leurs respects au défunt dirigeant.

Défiant les consignes de sobriété du président Xi, cette statue, qui mesure 80 cm de haut pour plus de 50 kg, a coûté à elle seule plus de 11,7 millions d'euros selon des médias chinois.

"Cette ville devrait être populaire et très animée, parce que c'est le lieu où le soleil rouge est né", déclare avec emphase le guide touristique Shen Chao dans un bus de visiteurs, au milieu des rizières entourant l'ancienne maison familiale de Mao.

Mais un peu plus tôt, lors d'un entretien à l'AFP, M. Shen se montrait plus circonspect: "Mao Tsé-toung est le parfait exemple de ce qui arrive quand on exerce le pouvoir hors de tout contrôle. Je le vois comme le dernier empereur de Chine".

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