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Soudan du Sud: l'armée reprend aux rebelles la ville de Bor, des milliers de morts en une semaine

24/12/2013 01:58 EST | Actualisé 23/02/2014 05:12 EST

L'offensive du gouvernement du Soudan du Sud contre les rebelles s'est concrétisée mardi soir par la reconquête de la ville de Bor, malgré les appels à la cessation des combats qui ont fait des milliers de morts, selon l'ONU.

Des milliers de Soudanais du Sud ont été tués en une semaine de combats et de meurtres entre forces du président Salva Kiir et de son rival Riek Machar, a affirmé mardi soir le chef de la mission humanitaire de l'ONU dans le pays.

"Il n'y a aucun doute pour moi, le bilan atteint des milliers" de morts, a dit à la presse Toby Lanzer.

Malgré les appels de la communauté internationale à la trêve et au dialogue, l'armée gouvernementale a repris mardi aux rebelles la ville de Bor, dans l'Etat de Jonglei, à 200 km au nord de Juba, a annoncé à l'AFP le ministre de l'Information, Michael Makwei.

"L'armée a pris Bor en fin de journée, les forces rebelles sont en fuite... Nous la contrôlons de nouveau", a-t-il précisé. Les forces de l'ex-président Riek Machar avaient pris la ville le 19 décembre.

Auparavant, Riek Machar, limogé en juillet, s'était finalement dit prêt à "engager des pourparlers" avec son rival à Addis Abeba.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry l'a exhorté à cesser les hostilités et à négocier avec le président Salva Kiir, a indiqué à l'AFP un responsable américain.

Le chef de la diplomatie américaine l'a "pressé de mettre en oeuvre un cessez-le-feu et de commencer des pourparlers politiques", a déclaré ce fonctionnaire américain, rendant compte d'une conversation téléphonique ce mardi entre Kerry et Machar.

Découverte d'un charnier

L'ONU a annoncé la découverte d'un charnier d'au moins 34 morts à Bentiu, capitale de l'Etat pétrolier d'Unité tenue par les rebelles.

"Le charnier a été visité hier matin, les officiels de l'ONU sur place ont vu 14 corps dans le charnier, et 20 près d'une rivière toute proche. Ils ont été informés qu'il y avait 75 soldats de la SPLA, de l'ethnie Dinka, qui manquaient à l'appel, et dont on craint qu'ils ne soient morts", a annoncé mardi à Genève le Haut-commissariat de l'ONU en charge des droits de l'homme.

L'agence de l'ONU a également dénoncé des "exécutions de masse, en dehors de tout jugement, le ciblage d'individus sur la base de leur appartenance ethnique et les détentions arbitraires" au Soudan du Sud ces 10 derniers jours.

Dans la soirée, deux responsables de l'ONU à New York ont indiqué que ces attaques contre les civils et les Casques bleus "pourraient constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité".

Le Soudan du Sud est en proie à d'intenses combats depuis le 15 décembre, le président Kiir ayant accusé son ancien vice-président de tentative de coup d'Etat.

Riek Machar dément, accusant Salva Kiir de vouloir éliminer ses rivaux, mais ses hommes ont depuis pris deux capitales régionales stratégiques : Bentiu et Bor, que l'armée vient de reprendre.

Au moins 45.000 civils sont réfugiés dans des bases onusiennes débordées, dont 20.000 à Juba seule, selon l'ONU. Face à l'ampleur de la crise, M. Ban a recommandé au Conseil de sécurité de renforcer de 5.500 hommes le contingent de quelque 7.000 Casques bleus déjà présent dans le pays.

Des centaines de milliers d'autres personnes ont très probablement fui dans la brousse. Officiellement les récents combats ont fait 500 morts, mais là encore, ce bilan est certainement largement sous-estimé.

Les combats touchent désormais la moitié des 10 Etats du jeune Etat, indépendant en 2011 : ceux de Jonglei, d'Unité, d'Equateur central (Juba), mais aussi du Haut-Nil ou encore d'Equateur oriental.

Efforts diplomatiques

Dans leur lutte politique pour le pouvoir, les deux rivaux instrumentalisent les antagonismes entre leur ethnie réciproque: les Nuer de Machar, les Dinka de Kiir.

Réfugiés dans une base onusienne de l'ONU, deux Nuer ont raconté avoir été arrêtés avec 250 autres hommes par des soldats sud-soudanais, qui ont ouvert le feu sur eux dans un poste de police de Juba. Simplement, disent-ils, parce qu'ils appartenaient à l'ethnie de Riek Machar.

"Pour survivre, il fallait se recouvrir des cadavres des autres, et pendant ces deux jours, les corps ont commencé à sentir vraiment mauvais", a dit l'un d'eux à l'AFP, ne donnant que son prénom, Simon.

De nombreux autres témoignages laissent penser qu'un schéma brutal de violences intercommunautaires, dont des meurtres et des viols, est en place depuis qu'ont commencé les affrontements.

Des informations similaires ont émergé de régions aux mains des rebelles pro-Machar, dont l'attaque d'une base de l'ONU par des jeunes nuer à Akobo, dans le Jonglei. Là, deux Casques bleus indiens ont été tués et l'ONU a confirmé dès la mort d' "au moins 11 civils" Dinka.

La communauté internationale, ONU et Etats-Unis en tête, espère malgré tout toujours stopper l'escalade de violence par la diplomatie.

Les Etats-Unis ont été les parrains de l'indépendance du Soudan du Sud et son principal soutien depuis.

Au-delà de la catastrophe humanitaire annoncée, les combats menacent la production pétrolière sud-soudanaise, et l'économie dans son ensemble -- l'or noir représente 95% de la fragile économie nationale.

Selon des analystes du groupe de recherche JBC Energy, citant le ministère du Pétrole du Soudan du Sud, "la production de pétrole de l'Etat d'Unité est à l'arrêt, ce qui entraîne une perte de production de 45.000 barils par jour".

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