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Soudan du Sud: Obama hausse le ton et renforce le contingent militaire américain

22/12/2013 08:35 EST | Actualisé 21/02/2014 05:12 EST
TONY KARUMBA via Getty Images
Residents of Juba with their belongings pile onto vehicles heading out of the city on December 21, 2013 where tension remains high fueling an exodus of both local and foreign residents from the south Sudanese capital. Brutal fighting in South Sudan has reopened deep-rooted ethnic divisions, forcing tens of thousands of terrified residents to seek shelter at UN bases or flee in fear of attacks. United Nations peacekeepers are currently sheltering over 35,000 civilians in various bases across the country, many belonging to the minority ethnic group in their respective areas. AFP PHOTO / TONY KARUMBA (Photo credit should read TONY KARUMBA/AFP/Getty Images)

Le président Barack Obama a averti dimanche que les États-Unis prendront de nouvelles mesures «si nécessaire», après avoir renforcé le contigent militaire américain au Soudan du Sud, alors que l'ONU va redéployer ses casques bleus disponibles dans le pays.

Ces annonces interviennent au moment où la communauté internationale poursuivait ses efforts pour éviter une intensification de la guerre civile.

Donald Booth, l'émissaire américain pour le Soudan et le Soudan du Sud, et un émissaire nigérian sont attendus très prochainement à Juba, selon le ministère sud-soudanais des Affaires étrangères.

«Je peux prendre de nouvelles mesures pour assurer la sécurité des citoyens, du personnel et des biens américains, dont notre ambassade, au Soudan du Sud», a dit M. Obama alors que quatre soldats américains ont été blessés samedi par des tirs d'origine non-identifiée. Ils faisaient partie d'un groupe «d'environ 46» militaires qui arrivaient à bord d'appareils hybrides CV-22 Osprey (croisement entre un avion de transport et un hélicoptère) pour participer à l'évacuation d'Américains du Soudan du Sud, a précisé le président.

Ce contingent s'ajoute aux 45 autres soldats américains déjà envoyés sur place cette semaine.

Plusieurs autres pays étrangers - le Royaume-Uni, le Kenya, l'Ouganda et le Liban - ont également ordonné l'évacuation de leurs ressortissants.

Avec l'ONU, Washington a évacué dimanche par les airs des Américains et d'autres étrangers de Bor, où une opération similaire avait échoué la veille quand des tirs avaient blessé quatre soldats américains.

Une délégation de ministres des Affaires étrangères d'Afrique de l'Est avait rencontré samedi le président sud-soudanais Salva Kiir. Ce dernier avait alors promis «un dialogue sans conditions» avec son rival, l'ancien vice-président Riek Machar.

La rébellion de Riek Machar contrôle en partie l'État-clé d'Unity, qui concentre les ressources pétrolières du pays, et s'est rendue maîtresse de sa capitale, Bentiu (1 000 km au nord de Juba).

Selon un responsable local de Bentiu, les rues restent jonchées d'une centaine de cadavres depuis la chute de la ville, provoquée par la défection d'un commandant de l'armée régulière sud-soudanaise, la SPLA.

Le porte-parole de l'armée, Philip Aguer, a confirmé que «l'État d'Unity est actuellement divisé» entre les forces de la SPLA et celles de Riek Machar.

«Nous ne contrôlons pas Bentiu, nous ignorons combien de personnes ont été tuées ou blessées», a-t-il dit.

Des centaines de milliers de déplacés

Les installations et les exportations pétrolières, vitales pour l'économie du pays dont elles assurent 95% des revenus, ne seraient cependant pas affectées par les combats, a assuré l'ambassadeur sud-soudanais à Khartoum, Mayen Dut Wol.

Le Soudan voisin est lui aussi dépendant du pétrole sud-soudanais: il tire d'importants revenus en taxant fortement l'acheminement du pétrole à travers son territoire par des oléoducs. Si ses intérêts sont menacés, Khartoum pourrait intervenir militairement, selon des experts.

Le conflit armé avait éclaté le 15 décembre entre les forces de Riek Machar et du président Kiir, déchirant le plus jeune État de la planète, indépendant depuis 2011 après une longue guerre civile contre le Soudan.

Dans la seule capitale Juba, les combats ont fait au moins 500 morts, selon un bilan très partiel.

A travers le pays, on compte «des centaines de milliers» de déplacés, a annoncé dimanche le chef des opérations humanitaire de l'ONU au Soudan du Sud, Toby Lanzer.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki Moon a demandé dimanche «que tous les dirigeants politiques, militaires et des milices cessent les hostilités et mettent fin à la violence contre les civils».

Samedi, le président américain Barack Obama avait prévenu que «toute tentative de s'emparer du pouvoir par des moyens militaires aura pour conséquence la fin du soutien de longue date des États-Unis et de la communauté internationale» au Soudan du Sud.

MM. Kiir et Machar, habitués à la longue guerre d'indépendance (1983-2005), utilisent les combattants de leur communauté respective - Dinka pour Salva Kiir et Nuer pour Riek Machar.

Le Comité international de la Croix-Rouge s'est «alarmé» dimanche des violences contre les civils, son représentant à Juba, Melker Mabeck, dénonçant «meurtres» et «mauvais traitements» des deux côtés.

Outre la ville de Bentiu, les rebelles tiennent depuis jeudi Bor, capitale de l'Etat de Jonglei (200 km au nord de Juba).

La mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss) va redéployer ses 4 000 soldats d'infanterie disponibles dans le pays pour envoyer des renforts à Bor, où ses forces fortifient sa base locale en prévision de nouveaux combats, et Bentiu, «pour continuer à remplir son mandat de protection des civils sud-soudanais».

La Minuss a aussi annoncé qu'elle évacuait son «personnel non essentiel» de Juba.

Les sociétés pétrolières font elles aussi sortir leur personnel du pays, après la mort de cinq employés sud-soudanais du secteur.

Dans tout le Soudan du Sud, des dizaines de milliers de personnes ont cherché refuge dans les bases des Nations unies, qui abritent près de 20 000 personnes rien qu'à Juba.