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20/12/2013 12:45 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

NSA: Snowden a suscité un débat au-delà de ses "rêves les plus fous"

Qu'il soit dépeint en "traître" ou en chevalier blanc, Edward Snowden a, en six mois de révélations sur l'étendue des programmes de surveillance américains, suscité un vigoureux débat sur les limites que le gouvernement doit s'imposer à l'heure de définir sa politique sécuritaire.

A en croire l'ancien consultant de l'Agence américaine de sécurité (NSA), réfugié aujourd'hui en Russie, la partie n'était pourtant pas gagnée à l'orée de l'été, juste avant qu'il ne rende publics les premiers documents montrant la portée des programmes de surveillance américain.

"Ma plus grande crainte concernant les Etats-Unis est que ces révélations ne changent rien", disait-il au journaliste Glenn Greenwald qui l'interrogeait à Hong Kong.

Pourtant, six mois plus tard, Edward Snowden "a provoqué un débat public qu'il n'espérait pas, même dans ses rêves les plus fous", explique à l'AFP Stephen Vladeck, professeur de droit à l'American University de Washington.

L'administration américaine, à cran sur ce sujet ultra-sensible, s'est vue cette semaine sommée de revoir sa copie.

Un juge fédéral de Washington a d'abord pointé la très probable inconstitutionnalité du programme de collecte de métadonnées téléphoniques (numéros appelés, durée des appels), dénonçant son caractère "quasi-orwellien".

Puis, mercredi, le rapport des experts mandatés par le président Barack Obama est venu parfaire la critique en jugeant que la NSA devrait réviser en profondeur ses programmes de surveillance, ne plus conserver les métadonnées ou encore que Washington se devait de mieux coopérer avec ses "alliés proches".

Mais dans leur préambule les experts rappellent surtout qu'il en va de la "responsabilité fondamentale" du gouvernement de protéger ses citoyens, tout en respectant le Quatrième amendement de la Constitution qui protège la vie privée contre les "perquisitions et saisies non motivées".

Et c'est bien là le coeur du débat lancé par Edward Snowden.

"La question fondamentale est de savoir comment appliquer l'esprit du Quatrième amendement aux technologies d'aujourd'hui. C'est la question qui n'a pas encore trouvé de réponse et qui se profile derrière les révélations de Snowden", juge Stephen Vladeck.

"Nouveau type de vie privée"

Car dans ce dossier, à l'origine de graves fâcheries entre Washington et ses partenaires étrangers, s'entrelacent le juridique et le politique.

En septembre, James Clapper, le directeur national du renseignement, a reconnu que les révélations de Snowden avaient suscité "des discussions et un débat qui étaient probablement nécessaires" et promis plus de "transparence" sans toutefois annoncer de réformes de fond.

Le président Obama, qui doit prononcer un discours sur le sujet en janvier, a lui-même qualifié vendredi le débat de "nécessaire et important" mais à l'origine de "dégâts inutiles aux capacités de renseignement à la diplomatie américaines".

Il n'en reste pas moins que "les fuites provoquées par Snowden ont forcé l'administration (Obama) à enfin réfléchir à la manière de conformer la collecte de renseignements avec les méthodes que nous employions avant", note James Lewis du CSIS, un groupe de réflexion de Washington.

Mais si les intentions de Barack Obama sont louables, elles sont dues non pas aux questions soulevées sur le respect de la vie privée, mais plutôt aux répercussions négatives qu'ont eues les révélations d'Edward Snowden, s'insurge Jonathan Turley, professeur de droit à l'université George-Washington.

M. Obama "a, dès les prémices de l'affaire Snowden, tenté de convaincre les Américains de se laisser séduire par ce nouveau type de vie privée, où la surveillance a droit de cité" , dit-il à l'AFP, ajoutant que le président était "pleinement conscient" des principes et valeurs bafoués par les programmes de surveillance.

Pour l'Union américaine de défense des libertés civiles (Aclu) Edward Snowden a déjà remporté l'un de ses paris: faire parler de ces programmes. "Les derniers mois ont montré que, tant que ces pratiques ne sont pas revues, les Américains montreront leur désaccord", insiste Alex Abdo de l'Aclu.

Mais au sein de la population américaine, les agissements de l'ancien consultant de la NSA sont cependant loin de faire l'unanimité.

Des élus l'ont qualifié de "traître". Et, selon un sondage réalisé en novembre pour le Washington Post et ABC News, 35% des Américains entre 18 et 30 ans jugent qu'il devrait être poursuivi en justice, un chiffre qui monte à 57% chez les plus de 30 ans.

gde-ddl/rap

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