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20/12/2013 06:59 EST | Actualisé 19/02/2014 05:12 EST

Libéré, l'ex-magnat Khodorkovski gagne l'Allemagne

L'ancien oligarque et critique du Kremlin Mikhaïl Khodorkovski, gracié vendredi par le président Vladimir Poutine, a gagné l'Allemagne, quelques heures après avoir quitté le pénitencier russe de Segueja près du cercle arctique.

Dans un communiqué, M. Khodorkovski a confirmé qu'il avait bel et bien demandé une grâce à Vladimir Poutine, mais sans pour autant reconnaître sa culpabilité. Il a salué le rôle de l'ancien chef de la diplomatie allemande, Hans-Dietrich Genscher, dans sa libération et son départ pour Berlin.

La chancelière allemande Angela Merkel a confirmé que l'ancien ministre des Affaires étrangères avait oeuvré « en coulisses » pour la libération de l'ex-magnat russe du pétrole.

M. Khodorkovski, maintenant âgé de 50 ans, était détenu pour détournement de fonds depuis sept ans dans le nord-ouest de la Russie, à la frontière finlandaise, après avoir passé trois ans an Sibérie.

Il avait demandé les documents nécessaires pour quitter le pays, ont indiqué les services pénitentiaires russes.

Le rôle des services secrets

Vladimir Poutine a pris un peu tout le monde par surprise en annonçant jeudi qu'il allait gracier son ancien rival politique. Les avocats de M. Khodorkovski ignoraient même que leur client avait sollicité une telle mesure, lui qui s'y était toujours refusé.

Les circonstances entourant sa libération demeurent nébuleuses. Le quotidien Komersant avance que M. Khodorkovski aurait sollicité la grâce présidentielle à la suite d'une rencontre avec les services secrets.

Ces derniers auraient évoqué la détérioration de l'état de santé de sa mère, atteinte d'un cancer, tout en lui laissant planer la menace d'un troisième procès pour l'inciter à réclamer la grâce présidentielle. « Cette conversation, qui s'est déroulée sans la présence d'avocats, a contraint Mikhaïl Khodorkovski à s'adresser au président », ajoute Kommersant.

« Je n'arrive pas encore à réaliser », a déclaré la mère de M. Khodorkovski, Marina, à la télévision russe.

Des analystes politiques estiment quant à eux que le président russe, Vladimir Poutine, cherche ainsi à améliorer l'image de la Russie à l'approche des Jeux olympiques de Sotchi, un projet phare pour le président.

L'annonce de la grâce de Khodorkovski survient dans la même semaine que l'amnistie adoptée envers l'équipage de Greenpeace et les deux jeunes femmes du groupe rock contestataire Pussy Riot. Ces dossiers ont contribué à entacher l'image de la Russie sur la scène internationale.

Un opposant gênant

Mikhaïl Khodorkovski avait été arrêté en 2003, peu après avoir durement et longuement critiqué Vladimir Poutine. Condamné d'abord à huit ans de camp pour escroquerie et fraude fiscale, l'ancien propriétaire du groupe pétrolier russe Ioukos a vu sa peine portée à 14 ans, ensuite réduite de trois ans, pour détournement et revente illégale de 350 millions de tonnes de pétrole. Il devait être libéré en 2014.

Avant son arrestation, Khodorkovski était l'un des hommes les plus puissants de Russie. Il n'hésitait pas à critiquer ouvertement Poutine et ses pratiques, qu'il qualifiait de « mafieuses », et disait avoir l'intention de se lancer en politique.

Ioukos, chef de file du secteur pétrolier russe au début des années 2000, a été démantelée au profit d'entreprises publiques ou proches du Kremlin.

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