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20/12/2013 12:15 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

Les oubliés des conflits ex-yougoslaves

Miroslava Nikic avait sept ans lorsqu'elle a fui, avec sa famille, les horreurs de la guerre en Croatie dans les années 90 pour échouer dans un centre de réfugiés près de Belgrade.

Et vingt ans plus tard, Miroslava y vit encore, loin de son pays natal, qui a tourné la page et rejoint depuis l'Union européenne.

"Ma famille a fui la Croatie en 1991, nous avons tout perdu", raconte Miroslava, une brune bien en chair.

"Depuis, c'est d'ici que j'ai fait mes études, que je me suis mariée et que j'ai donné naissance à mes trois enfants".

Son "foyer" se résume à deux chambres d'à peine 12 mètres carrés chacune, dans un des baraquements de ce centre d'accueil, connu sous le nom de Krnjaca, à quelques kilomètres du centre de Belgrade.

Elle a d'abord vécu dans une seule pièce, avant de profiter du départ de réfugiés pour gagner une chambre.

Près de vingt ans les conflits qui ont accompagné l'éclatement de l'ex-Yougoslavie, ceux de Croatie (1991-95) de Bosnie (1992-95) et au Kosovo (1998-99), la Serbie abrite paradoxalement le plus grand nombre de réfugiés dans la région. Elle a été accusée d'être la principale responsable de nettoyages ethniques menés dans le but d'agrandir son territoire, mais beaucoup de Serbes ont dû fuir les ex-Républiques yougoslaves où ils étaient des minorités.

Sur un total de près de 86.000 personnes ayant toujours le statut de réfugié dans les Etats de l'ex-Yougoslavie, la Serbie en accueille plus de 66.000, selon des chiffres du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Sans compter, les 200.000 Serbes ayant fui le Kosovo et qui ont, elles, le statut de personnes déplacées, la Serbie ne reconnaissant pas l'indépendance proclamé en 2008 par Pristina.

Même s'ils ont la nationalité serbe et le droit de travailler, ils ont beaucoup de mal à trouver un emploi dans un pays dont l'économie a été dévastée, où le taux de chômage atteint 24%. Sans emploi, ils ne peuvent pas quitter le camp, car ils n'ont pas de quoi payer des loyers.

Au plus fort de la crise ex-yougoslave, la Serbie abritait 566.275 réfugiés. Au même moment, au total, l'ex-Yougoslavie comptait 3,7 millions de réfugiés et de personnes déplacées.

Les réfugiés sont dispersés entre quatorze centres à travers la Serbie. Quatre ex-républiques yougoslaves prévoient de fermer leurs camps, avec l'aide du HCR, d'ici 2017.

"La Serbie, la Croatie, la Bosnie et le Monténégro ont décidé de trouver des solutions (...) il y a une volonté de clore ce chapitre d'une manière digne (...) parce que ceux qui restent, c'est malheureusement les plus vulnérables", note Vincent Cochetel, directeur du Bureau pour l'Europe du HCR.

Les solutions sont soit un retour dans les pays d'origine soit un hébergement durable dans le pays d'accueil, selon lui.

Le retour au pays, certains ne veulent pas l'envisager. "Pour moi, il n'y a pas de retour possible en Croatie, les membres de ma famille qui sont restés là-bas ont été tués. Tout ce que je souhaite c'est trouver du travail en Serbie et rester ici", insiste Miroslava.

"On ne peut pas forcer les gens à rentrer, il y en a qui ont connu de tels traumatismes là où ils vivaient avant qu'ils n'ont pas envie de rentrer et il y a des gens qui n'ont rien pour rentrer chez eux", précise M. Cochetel.

Milutin Zivkovic, 54 ans, qui a fui Suva Reka au Kosovo en 1999 avec sa femme et leurs cinq enfants n'entretient plus aucun espoir de retour.

"Notre propriété a été brûlée, détruite, il n'y a plus personne, nous ne pouvons pas rentrer" au Kosovo, lâche-t-il d'un ton aigre.

Ces réfugiés ont le sentiment pour la plupart d'être "invisibles", note Vincent Cochetel.

Au centre de Krnjaca, les baraquements vétustes abritant les réfugiés sont plantés sur un terrain vague.

Aucune allée asphaltée. Un groupe d'enfants en bas âge court après un ballon, soulevant un petit nuage de poussière. Lorsqu'il pleut, l'espace se transforme en un véritable marécage.

Les réfugiés ne paient pas de loyer et ont droit à trois repas par jour, mais aucune aide financière ne leur est octroyée.

Datant des années 1970, les baraquements abritaient auparavant des ouvriers saisonniers. Ils ont chacune une dizaine de chambres avec une salle de bain et des toilettes communes, dans un état lamentable. Tuyaux bouchés et robinets hors d'état de fonctionner sont monnaie courante.

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