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19/12/2013 05:33 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

Résidence privée rénovée aux frais de l'Etat: le gouvernement blanchit le président Zuma

Sous le feu des critiques depuis des mois pour avoir fait rénover sa résidence privée aux frais de l'Etat, le président sud-africain Jacob Zuma a été totalement blanchi jeudi par une commission d'enquête gouvernementale, au grand dam de l'opposition qui crie au scandale et menace de réclamer sa destitution.

Ces travaux, d'un montant approchant les 15 millions d'euros, étaient indispensables pour assurer la sécurité de la résidence, a expliqué en substance le ministre des Travaux publics Thulasi Nxesi, qui a publiquement présenté le rapport d'enquête et détaillé chaque poste de dépense.

"C'est une insulte à tous les Sud-Africains", s'est emportée Lindiwe Mazibuko, chef du groupe parlementaire de l'Alliance démocratique (DA), principal parti d'opposition, dans un communiqué.

"Les Sud-Africains ne se laisseront pas prendre par ces mauvaises ruses pour +blanchir+ le président Zuma et fournir des explications parfois ridicules pour justifier la dépense d'argent public", ajoute Mme Mazibuko.

La DA attend maintenant le rapport du médiateur de la République: "Si ce rapport indique que le président a trompé le parlement, nous envisagerons de soumettre une motion pour lancer une procédure de destitution", menace la députée.

Selon le rapport gouvernemental, lu en direct à la télévision, "les allégations selon lesquelles le président a utilisé des ressources de l'Etat pour construire ou améliorer son logement personnel sont infondées".

"Les travaux d'amélioration de la sécurité étaient nécessaires (...) Tous les gouvernements souverains ont la responsabilité d'assurer la sécurité de leur chef d'Etat et de sa famille (...) Le président Zuma n'a pas demandé ces installations de sécurité", et c'est le ministère de la Défense qui en a pris l'initiative, a assuré le ministre des Travaux publics.

Fin novembre, l'hebdomadaire Mail & Guardian avait fait état d'un autre rapport, de la médiatrice de la République, chargée en Afrique du Sud des affaires de corruption ou dysfonctionnements publics, qui préconisait un remboursement partiel des frais par M. Zuma.

M. Zuma, selon ce rapport jamais rendu public à ce jour, a profité de ces travaux à titre privé dans une proportion qualifiée de "substantielle".

La médiatrice concluait que d'"authentiques" ajouts sécuritaires, deux héliports, une clinique et une maison pour l'unité de protection policière étaient "exagérés". Ou à tout le moins, auraient utilement trouvé leur place hors de la propriété afin de bénéficier aussi aux habitants de cette région rurale du Kwazulu-Natal, dans l'est du pays.

Elle dénonçait aussi la construction d'une piscine, d'un salon d'accueil des visiteurs, d'un amphithéâtre, d'une pâture pour le bétail, sans compter la réfection des sols, sans lien direct avec la sécurité du chef de l'Etat.

Le rapport présenté jeudi s'efforce de justifier les travaux: l'enclos pour le bétail évite que les animaux en liberté n'endommagent les équipements électroniques sur les clôtures. L'amphithéâtre "n'est pas un amphithéâtre", mais "un mur de protection qui prend la forme d'une structure avec des marches".

Quant au déplacement onéreux des familles voisines et à leur relogement, le rapport explique que leurs huttes rondes auraient été un obstacle au déploiement d'une clôture et "un défi pour le positionnement des caméras de surveillance".

Depuis un an, l'opposition n'a cessé de dénoncer un gaspillage scandaleux dans un pays où 10 millions de personnes dépendent de l'aide sociale pour survivre, et où beaucoup vivent encore dans des bidonvilles.

La popularité du président Zuma s'est fortement ressentie de cette polémique.

Lorsque le chef de l'Etat a été hué, devant les caméras du monde entier le 10 décembre lors de la cérémonie d'hommage à Nelson Mandela, la plupart des Sud-Africains interrogés par l'AFP ont spontanément cité cette histoire pour expliquer la réaction de la foule.

cpb/jlb

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