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19/12/2013 08:22 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

Le télescope spatial européen Gaia se lance dans la chasse aux étoiles

La chasse aux étoiles de la Voie lactée va pouvoir commencer pour le télescope Gaia, bijou technologique de l'Europe spatiale, lancé avec succès jeudi matin de Guyane par la légendaire fusée russe Soyouz.

"Nous sommes à l'aube de révolutionner notre compréhension de l'histoire de la Voie lactée", a déclaré le PDG d'Arianespace, Stéphane Israël, pour saluer ce lancement, qui a débuté deux minutes seulement après le lever du soleil sur la jungle guyanaise.

Haut comme un immeuble de douze étages, le lanceur Soyouz, qui compte plus de 1.800 tirs à son actif, s'est élancé comme prévu à 09H12 GMT (06H12 heure de Guyane).

Une heure plus tard, en une dernière révérence aux Terriens, Gaia a déployé sa "jupe" de dix mètres de diamètre, constituée d'un côté des panneaux solaires destinés à l'alimenter en énergie et de l'autre d'un parasol mettant à l'abri ses instruments ultra-sensibles de l'éclat du Soleil.

"L'arpenteur de la galaxie", dont la mission est de réaliser un atlas en 3D de la Voie lactée, est désormais en route vers son poste d'observation privilégié, situé à environ 1,5 million de kilomètres de la Terre.

Il faudra environ un mois au télescope spatial pour atteindre ce "point de Lagrange 2", qui suit notre planète dans sa révolution autour du Soleil et offre un panorama unique sur l'horizon de l'Univers, à l'abri des parasites de la Terre et de la Lune.

Cette mission de l'Agence spatiale européenne (ESA) doit durer au moins cinq ans pendant lesquels le satellite localisera un milliard d'étoiles, chacune étant observée environ 70 fois. La distance les séparant de la Terre n'a jamais été mesurée avec précision pour plus de 99% d'entre elles.

"Gaia est l'aboutissement de neuf années de travaux intensifs qui vont permettre une avancée exceptionnelle pour la compréhension de notre univers, de son histoire et de ses lois. Cette mission prolonge celle d'Hipparcos", satellite consacré à l'astrométrie lancé en 1989 par l'ESA, a souligné Jean-Yves Le Gall, le président du Cnes, l'agence spatiale française.

"Archéologie galactique"

Gaia reprend ainsi la tradition européenne de cartographie des étoiles, héritage de l'astronome grec Hipparque, qui le premier mesura à l'oeil nu la position d'un millier d'étoiles.

Plus de 2.000 ans après lui, Hipparcos a déjà fourni les coordonnées célestes de quelque 120.000 étoiles, un atlas qui fait encore référence aujourd'hui.

Ce "catalogue du ciel" devrait être actualisé "dans moins de deux ans" par les premiers résultats de Gaia, prédit François Mignard (Observatoire de la Côte d'Azur), responsable de la participation française à Gaia.

Ce télescope permettra aussi aux astrophysiciens de faire de "l'archéologie galactique" en reconstituant l'évolution de notre galaxie, précise-t-il.

Le satellite doit déterminer la position et le mouvement des étoiles, mais également la distance qui les sépare de la Terre, le paramètre le plus difficile à obtenir. La plus proche est à près de 40 milliards de kilomètres...

Gaia, avec son double télescope en carbure de silicium, sera cent fois plus précis qu'Hipparcos. Il pourra "voir" des étoiles dont l'éclat est 400.000 fois plus faible que celles visibles à l'oeil nu.

Pour préserver toute la précision des mesures de Gaia, le satellite sera surveillé en continu du sol par un réseau de télescopes, de sorte qu'on connaîtra sa position à 100 mètres près.

Avec plus d'un pétaoctet de données à collecter, soit la capacité de 250.000 DVD, "le traitement quotidien est probablement le défi le plus important", a estimé François Mignard.

Six centres décortiqueront ce flux continu de données, inutilisables à l'état brut et qu'il faudra rendre intelligibles.

Pour relever ce défi, le Cnes, qui effectuera 35 à 40% de ce traitement, s'est doté d'une puissance de calcul de 6.000 milliards d'opérations par seconde.

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