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19/12/2013 02:20 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

Espagne: après des mois de polémique, Madrid va réviser la loi sur l'avortement

Après des mois d'atermoiements, le gouvernement conservateur a annoncé qu'il allait adopter vendredi son projet de révision de la loi socialiste sur le droit à l'avortement, en dépit de la colère de la gauche et des féministes.

La loi de 2010, qui autorise l'avortement jusqu'à 14 semaines et jusqu'à 22 semaines en cas de malformation du foetus est, avec le mariage homosexuel, l'une des réformes phares de l'ex-gouvernement socialiste.

Le contenu du nouveau projet de loi n'a pas été révélé mais les organisations de femmes et l'opposition socialiste ont déjà sonné la mobilisation, le ministre de la Justice Alberto Ruiz-Gallardon ayant annoncé à plusieurs reprises vouloir revenir à un système d'avortement autorisé dans certains cas seulement.

"Le projet de loi sera présenté demain (vendredi) au Conseil des ministres. Il a été distribué aux ministères mais je ne peux ni ne dois rien dire de plus sur son contenu", a affirmé jeudi le ministre de l'Intérieur Jorge Fernandez Dias à la presse.

Le texte a toute les chances d'être adopté sans encombre, le Parti populaire (droite au pouvoir) disposant de la majorité absolue au parlement depuis les élections de novembre 2011.

Vivement attaqué par les socialistes au parlement, Alberto Ruiz-Gallardon a affirmé mardi, sans dévoiler son contenu, que "la loi que le PP approuve n'établira jamais un délit pénal contre la femme qui est une victime de l'avortement", contrairement à la loi de 1985 qui rendait une femme passible de prison.

Il a également réaffirmé que le gouvernement entendait rétablir, comme l'avait promis Mariano Rajoy en campagne, une autorisation parentale pour les mineures.

M. Gallardon avait soulevé une vive polémique en évoquant en 2012 une limitation de l'avortement y compris en cas de malformation du foetus.

Et de nouveau en avril, lorsqu'il avait affirmé que "le risque pour la santé physique et psychique ne peut être considéré comme prétexte pour ne pas protéger la vie du nouveau-né".

Avant la loi de 2010, l'avortement n'était dépénalisé en Espagne depuis 1985 que sous certaines conditions: après un viol, en cas de malformations du foetus ou si la santé physique ou mentale de la mère courait un risque grave.

C'est ce dernier argument qui était souvent invoqué pour recourir à interruption volontaire de grossesse.

Le parti socialiste (PSOE) a convoqué une réunion d'urgence de sa direction vendredi et plusieurs associations de femmes pro-avortement ont annoncé des manifestations dans tout le pays.

"Nous n'allons pas revenir en arrière de 30 ans, et surtout nous n'allons pas nous résigner, abandonner ou être intimidées", a affirmé la numéro 2 du PSOE Elena Valenciano.

Résumant les craintes, le président de la Fédération du planning familial, Luis Enrique Sanchez, a affirmé que la future loi pourrait signifier "un retour en arrière à la situation des années 1980, avec des femmes espagnoles qui vont en France ou en Angleterre" pour avorter lorsqu'elles en ont les moyens.

Des anti-IVG de l'association "Droit à la vie" ont, eux, prévu de se rassembler devant le siège du gouvernement pendant le Conseil des ministres.

Selon un sondage de l'institut Metroscopia publié en avril dans le journal de centre-gauche El Pais, 46% des personnes interrogées étaient en faveur de la loi de 2010 contre 41% qui souhaitaient en système plus strict.

ds-ib/plh

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