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19/12/2013 10:26 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

Derrière les barricades de Kiev, des militants montent la garde

Deux heures du matin sur la Place de l'indépendance à Kiev. Une dizaine de jeunes, armés de boucliers en bois, s'affrontent. Depuis plus de trois semaines, ils s'entraînent à repousser une éventuelle attaque des forces de l'ordre et à protéger "Maïdan".

Nuit et jour, des centaines de personnes continuent d'affluer sur cette place centrale de Kiev, transformée en camp retranché avec ses tentes, ses braseros, ses marmites géantes et ses barricades.

Et outre la distribution de vivres, de bois et de vêtements, un service interne de sécurité a été organisé, non seulement pour contrer un éventuel assaut des forces de l'ordre, comme ce fut le cas mercredi 11 décembre au petit matin, lorsque des centaines de policiers avaient tenté, en vain, de reprendre le contrôle de Maïdan, mais aussi pour maintenir l'ordre au sein du camp.

"Nous faisons des patrouilles, et à ceux qui sont ivres ou qui n'ont pas de papiers, nous demandons de quitter Maïdan", explique le chef d'une unité se présentant, sur le mode humoristique, sous le pseudonyme de "Robin des bois".

Talkie-walkie à la main, cet homme qui souhaite garder l'anonymat et dont le visage est à moitié recouvert par un foulard, est l'un des chefs de la "Garde de Maïdan", une unité qui assure l'ordre au sein du camp.

Il explique faire avec son équipe des rondes 24H/24 pour débusquer les ivrognes et "les provocateurs", qui tentent de s'infiltrer sur le site occupé par les manifestants pro-européens.

Les personnes suspectes sont immédiatement reconduites derrière les barricades, de gré ou de force.

"Tu es bourré !", s'exclame un garde en repoussant un jeune homme, grand et musclé, qui en vain affirme le contraire et hausse le ton... Le jeune homme ne passera pas.

Outre le "maintien de l'ordre", l'autre mission de la garde est de protéger Maïdan, explique le "commandant".

"Nous sommes ici pour éviter que les citoyens soient blessés en cas d'assaut", dit-il.

"On ne sait pas ce qui va nous arriver. Peut-être qu'on va se faire taper dessus. Mais nous allons défendre ceux qui sont sur Maïdan jusqu'à ce qu'on nous passe sur le corps", affirme-t-il.

Pour cela, des entraînements quotidiens ont été organisés. Ils ont généralement lieu en plein milieu de la nuit.

"Nous prenons les gens sur la base du volontariat. Nous leur apprenons comment tenir un bouclier, la façon dont il faut réagir face à une attaque des forces de l'ordre(...) des choses élémentaires", explique Alexandre Tretiakov, instructeur et commandant d'une unité chargée de la défense d'une barricade.

"Nous n'avons pas d'armes, juste des masques à gaz et des boucliers artisanaux. (...) Nous ne nous préparons pas à attaquer, mais à nous défendre", poursuit ce jeune homme en treillis.

Selon lui, près de 500 personnes ont suivi un entraînement en trois semaines sur sa barricade.

"Ce n'est pas une armée. Ce sont des volontaires, qui changent souvent. Tous les jours, de nouvelles personnes arrivent, des jeunes. Parfois, ce sont les mêmes. Mais à chaque fois, on est obligé de reprendre l'entraînement à la base", renchérit un autre instructeur, Alexandre Khan.

Pour protéger Maïdan, ce jeune homme brun explique que des unités ont été créées, chacune avec des missions spécifiques. Certaines s'occupent de l'entraînement, d'autres de la surveillance, d'autres "font du renseignement", d'autres des rondes...

"Il y a beaucoup de gens qui ont travaillé auparavant dans des structures militaires, des gens qui ont fait l'Afghanistan, et nous faisons tout comme nous l'avons appris à l'armée", lance-t-il.

Les instructeurs refusent cependant de révéler le nombre des soldats de formation dans leurs rangs, se retranchant derrière "le secret militaire".

Ils se sont engagés après avoir été choqués par la répression des forces de l'ordre au début de la contestation, lorsque des jeunes campant sur la place avaient été délogés à coups de matraque.

"C'est mon devoir de protéger Maïdan, en tant que citoyen et en tant qu'homme", conclut Alexandre.

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