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19/12/2013 04:57 EST | Actualisé 17/02/2014 05:12 EST

A Berlin, un projet de coffee shop pour lutter contre les dealers suscite des remous

A Berlin, capitale branchée qui attire des jeunes touristes en quête de fête, un projet de coffee shop où les consommateurs fumeraient légalement du cannabis suscite des remous, avec l'immigration clandestine en filigrane.

La maire du quartier alternatif de Kreuzberg, l'écologiste Monika Herrmann, défend depuis plusieurs mois l'idée de créer un espace où la vente et la consommation de cannabis seraient encadrées par les autorités sanitaires.

Son objectif est de réduire la vente de drogues dans le Görlitzer Park, un espace vert de 14 hectares au centre de Kreuzberg, où de nombreux dealers, la plupart originaires d'Afrique, ont élu domicile.

"Il ne s'agit pas d'un café farfelu où j'achèterais de la marijuana et de la dope", explique-t-elle. Mais bien d'un "commerce spécialisé" géré par la puissance publique.

La consommation de drogues est illégale en Allemagne mais l'élue écologiste entend demander une dérogation à l'Institut fédéral du médicament et des produits médicaux, qui autorise dans certains cas la consommation de cannabis, essentiellement à des fins thérapeutiques.

Cela "peut en effet aider à réduire le nombre de clients dans le parc", assure Andreas Teuchert, riverain du "Görli" et militant associatif.

Dans ce quartier, l'un des plus en vue de Berlin où la jeunesse européenne vient s'épuiser dans les nombreuses boîtes technos, le "Görli" est devenu le rendez-vous des fêtards qui viennent y boire une dernière bière une fois terminée la fête, fumer un joint ou consommer d'autres drogues.

Célèbre pour ses boîtes technos, Berlin s'est aussi taillé la réputation d'une ville où les drogues sont peu chères et faciles à trouver.

La police y est aussi plus tolérante que dans d'autres régions puisqu'aucune sanction n'est prévue en cas d'interpellation avec moins de 15g de cannabis, et l'odeur d'un joint traîne souvent dans des bars, voire dans la rue.

D'où le grand nombre de dealers dans ce parc: jusqu'à une centaine certains jours, selon la police. Et la plupart sont des réfugiés africains qui parlent à peine allemand.

Certains passants se plaignent d'être harcelés. Depuis le début de l'année, la police est intervenue plus d'une centaine de fois dans ce parc, mais la vente de drogues se poursuit et le mécontentement des riverains va croissant. Beaucoup disent ne plus vouloir y mettre un pied dès la nuit tombée.

Pourtant, le projet d'ouvrir un coffee shop est loin de faire l'unanimité. L'opposition conservatrice est catégoriquement contre et prône la fermeture du Görlitzer Park le soir. "A Paris c'est normal de fermer les parcs la nuit, c'est ce qu'il faut faire ici aussi", explique Timur Husein, élu local de l'Union chrétienne-démocrate (CDU). "Et le jour il faut une présence policière permanente".

Pour lui, l'ouverture d'un coffee shop "ne conduirait qu'à ce que les touristes de la drogue venus de toute l'Europe débarquent à Berlin, comme c'est le cas aux Pays-Bas".

Les Berlinois sont partagés. Selon un sondage, 49% estiment que le projet va dans la mauvaise direction et 45% dans la bonne.

Mais certains dénoncent aussi le racisme au quotidien qui se cache derrière le problème de drogues, la plupart des dealers étant originaires d'Afrique noire.

"Ce n'est pas du racisme que de dire que les dealers sont noirs", s'insurge Timur Husein.

Mais Simon Dürsch, de l'association de la communauté africaine Joliba, estime que "on se concentre sur la drogue mais on oublie le vrai problème: la politique en matière d'asile menée par l'Europe".

Car beaucoup de ces vendeurs sont des réfugiés qui n'ont aucune perspective. Ils ont débarqué en Europe par l'Italie et l'Espagne et ne peuvent donc pas demander l'asile en Allemagne.

"Beaucoup se rendent compte qu'ils ne peuvent pas trouver de travail en Allemagne car ils n'ont pas de papiers", explique Beatrice Lefèvre, de l'association Joliba. "Alors ils cherchent un moyen de gagner un peu d'argent".

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