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18/12/2013 11:40 EST | Actualisé 17/02/2014 05:12 EST

Ukraine: les contestataires s'en prennent aux oligarques

Les contestataires ukrainiens pro-européens refusent de baisser les bras au lendemain d'un rapprochement spectaculaire entre Kiev et Moscou en se prenant désormais aux oligarques du régime dans l'espoir de le faire tomber.

Devant les bureaux de Rinat Akhmetov, l'homme le plus riche d'Ukraine et principal sponsor du Parti des régions du président Viktor Ianoukovitch, plusieurs centaines de manifestants ont installé mercredi un arbre de Noël et l'ont décoré de photos de manifestants battus et couverts de sang.

"Ça suffit de nourrir le régime!", "Akhmetov a payé et Berkout (les troupes anti-émeutes) a frappé", "Sans l'argent de Rinat, il n'y a pas de Vitia (diminutif de Viktor) le bourreau!", ont-ils scandé en référence aux violences policières contre les manifestants pro-européens.

Une action similaire s'est déroulée devant les bureaux d'Andiï Kliouïev, homme d'affaires et secrétaire du Conseil de sécurité national, considéré comme l'un des piliers du régime.

Ce responsable, jugé pro-russe, est tenu pour responsable par l'opposition de la dispersion violente d'une manifestation étudiante sur la place de l'Indépendance le 30 novembre qui a fait des dizaines de blessés et a déclenché une mobilisation sans précédent.

La veille, plusieurs milliers de personnes ont organisé une manifestation devant la banque d'Olexandre Ianoukovitch, fils du président, dentiste de formation devenu millionnaire, qui a doublé sa fortune en un an. Ils ont réclamé des sanctions internationales "contre le dentiste le plus riche du monde".

toucher aux points sensibles

Serguï Lechtchenko, journaliste du site internet Ukraïnska Pravda qui a enquêté ces dernières années sur la fortune des oligarques, estime que la pression sur ces magnats soucieux de leur réputation à l'étranger sera plus efficace que les manifestations de centaines de milliers de personnes sur Maïdan, la place de l'Indépendance, dans le centre de Kiev occupée depuis près d'un mois.

"Ces gens sont sourds aux exigences de Maïdan. Leurs familles vivent à l'étranger, leurs enfants y font leurs études dans des écoles prestigieuses. Il faut les toucher personnellement", explique-t-il à l'AFP.

"Ils ont fait le choix européen à titre personnel, mais pas pour le pays parce que cela les empêcherait de voler comme ils le font maintenant", poursuit-il en référence au refus du président de signer un accord d'association avec l'Union européenne pour se tourner vers Moscou.

Dans son blog, Serguï Lechtchenko a publié les adresses à Vienne et Genève des sièges de groupes appartenant aux oligarques ukrainiens, et celles des banques avec lesquelles travaillent ces groupes, en invitant les Ukrainiens à manifester et envoyer à ces adresses des photos de la répression.

Une manifestation devait avoir lieu mercredi à 19h00 près de l'appartement de Rinat Akhmetov à One Hyde Park à Londres.

L'homme d'affaires qui contrôle "une cinquantaine de députés au Parlement" est "très sensible à sa réputation, il dépense beaucoup d'argent pour cela", souligne Serguï Lechtchenko.

M. Akhmetov, à la tête d'une fortune estimée à 15,2 milliards de dollars, est déjà sorti de son silence et a pris la défense des manifestants après une rencontre la semaine dernière avec la secrétaire d'Etat adjointe américaine Victoria Nuland.

Selon Ukraïnska Pravda, Mme Nuland lui a fait savoir qu'"en cas de dispersion des manifestants, des sanctions seraient prises non seulement contre les hauts fonctionnaires, mais contre tous ceux qui ont soutenu le régime".

Installé sur Maïdan, le militant de l'opposition Igor Andriïtchenko, qui a participé mercredi à la manifestation contre M. Akhmetov à Kiev, estime que les pro-européens doivent désormais "passer à l'offensive" en multipliant les actions de ce type.

"Maïdan n'a rien donné en trois semaines. C'est un bon point de départ, mais il faut maintenant passer à l'offensive", souligne-t-il.

Cette pugnacité contraste avec l'attitude des leaders de l'opposition, qui n''étaient pas en mesure de formuler mercredi un plan d'action après la signature la veille à Moscou d'accords économiques entre les présidents Vladimir Poutine et Viktor Ianoukovitch, accords qui, selon le gouvernement ukrainien, sauvent l'économie et rendent inutile la contestation.

Le boxeur Vitali Klitschko, qui avait réclamé la veille une présidentielle anticipée en mars pour y vaincre M. Ianoukovitch "sur le ring" politique, est resté muet.

"Les gens ne doivent pas quitter Maïdan tant que le gouvernement ne sera pas limogé", s'est borné à dire un autre leader de la contestation, Arseni Iatseniouk.

neo/nm/via

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