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18/12/2013 08:19 EST | Actualisé 17/02/2014 05:12 EST

Roumains/Bulgares: Cameron accentue sa lutte contre "le tourisme aux aides sociales"

Le Premier ministre britannique David Cameron a annoncé mercredi l'adoption en urgence de mesures limitant l'accès de l'allocation chômage aux immigrants européens, tentant de rassurer une opinion publique inquiète d'un afflux de Roumains et Bulgares au 1er janvier.

L'atmosphère a été jugée à ce point "peu propice" que le chef de la diplomatie bulgare, Kristian Viguenin, a reporté une visite à Londres à fin janvier, après l'entrée en vigueur de la liberté d'accès des travailleurs bulgares et roumains.

Une perspective qui fait peur au Royaume-Uni, comme l'illustre mercredi la Une du Sun appelant Cameron à "stopper le flot": le journal le plus lu du pays publie un sondage selon lequel 62% des Britanniques jugent que la limitation de l'immigration européenne est "un sujet majeur, ou de la plus grande importance".

Pour tenter d'endiguer ces craintes, et sur fond d'une montée en puissance du parti anti-immigration et anti-UE Ukip à l'approche des élections européennes, le Premier ministre a annoncé que les demandeurs d'emploi issus de l'Union européenne ne pourraient plus prétendre, à compter du début 2014, à l'allocation chômage lors des trois premiers mois de leur séjour au Royaume-Uni.

La mesure avait été annoncée fin novembre mais aucune date n'avait alors été avancée pour sa mise en oeuvre.

Downing Street précise que cette mesure vise à "empêcher des personnes d'abuser du système de protection sociale au Royaume-Uni".

Comme dans huit autres pays, les citoyens roumains et bulgares, qui n'ont actuellement le droit d'exercer qu'un nombre limité de métiers, auront à partir du 1er janvier 2014 un accès libre au marché du travail au Royaume-Uni.

Le gouvernement ne donne pas de statistiques sur le nombre de ces ressortissants attendus au Royaume-Uni, de peur de répéter l'erreur passée du gouvernement travailliste qui avait largement sous-estimé la vague d'immigration d'Europe de l'est consécutif à l'élargissement de 2004.

"Les Britanniques qui travaillent dur redoutent à juste titre que les migrants viennent ici pour profiter de nos services publics et de notre système de protection sociale", a déclaré M. Cameron.

"En accélérant la mise en oeuvre de ces nouvelles restrictions, nous allons rendre le Royaume-Uni moins attractif pour les migrants européens désireux de venir ici et d'essayer de vivre aux dépens de l'Etat", a ajouté le Premier ministre.

La suppression de cette allocation chômage - d'un montant minimum de 56,80 livres (67 euros ou 90 dollars) par semaine - entre dans le cadre, plus large, du durcissement de l'accès aux aides sociales pour les immigrés, annoncé par le gouvernement ces dernières semaines.

David Cameron avait également fait part en novembre de son intention de renvoyer chez eux les immigrants incapables de subvenir à leurs besoins, et d'empêcher leur retour pendant un an.

Le leader conservateur, qui s'est engagé à obtenir des réformes de l'UE avant l'organisation d'un référendum d'ici fin 2017, en cas de réélection, a aussi indiqué qu'il voulait obtenir des limitations à la liberté de circulation dans l'UE, s'attirant aussitôt une sévère mise en garde de Bruxelles.

Le Sunday Times faisait par ailleurs état le week-end dernier d'un document du Home Office prévoyant de plafonner le nombre d'immigrants européens à 75.000 par an.

"Le tourisme aux aides sociales, c'est fini", a commenté sur la BBC le ministre chargé du Travail, Ian Duncan Smith, affirmant que d'autres pays européens faisaient de même.

L'opposition travailliste a accusé David Cameron d'agir à la dernière minute, tout en soutenant de telles mesures. "Le Labour a demandé ces restrictions aux aides sociales il y a neuf mois", a rappelé une responsable du parti, Yvette Cooper.

Mais ces limitations ont avant tout un effet d'annonce, pour Jonathan Portes, de l'Institut national de recherches économiques et sociales (classé à gauche), qui dénonce "des mesures fantômes pour combattre un problème fantôme".

Le chercheur souligne que le gouvernement s'est abstenu de dire combien d'immigrants réclamaient des aides sociales pendant leur trois premiers mois dans le pays. "C'est possible que cela ébranle leur argument", a-t-il dit, pressentant que leur nombre est particulièrement réduit.

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