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18/12/2013 03:21 EST | Actualisé 16/02/2014 05:12 EST

Les Malgaches aux urnes vendredi pour sortir de la crise

Au ban des nations depuis le renversement du pouvoir par la force en 2009, Madagascar espère que l'élection vendredi d'un nouveau président fera revenir les bailleurs de fonds et rétablira l'état de droit dans ce pays rongé par la corruption, où neuf habitants sur dix vivent avec moins de 2 dollars par jour.

Les électeurs sont appelés à départager le docteur Robinson Jean Louis, arrivés en tête au premier tour fin octobre, et l'ancien ministre des Finances Hery Rajaonarimampianina.

Le premier a le soutien de Marc Ravalomanana, le président déchu en 2009. Le second défend les intérêts de Andry Rajoelina, l'homme qui avait destitué Ravalomanana et qui a gardé le pouvoir, sans avoir été élu, pendant quatre ans.

Les deux protagonistes du coup de force n'ont en effet pas pu se présenter eux-mêmes, sous la pression de la communauté internationale qui redoutait que leur présence à l'élection ne ravive la violence politique dans l'île.

La présidentielle vendredi est jumelée avec des législatives. Le président et les 151 députés seront élus pour cinq ans.

"La campagne se déroule de façon globalement paisible. Il n'y a pas de violence, il n'y a pas d'affrontements", se félicite le politologue malgache Jean-Eric Rakotoarisoa.

Difficile d'avancer un pronostic, selon lui: "On est vraiment dans l'incertitude totale aussi bien pour la présidentielle que pour les législatives."

Les différents candidats du camp Rajoelina avaient fait plus de 50% au premier tour, mais ils n'ont pas tous appelé à voter pour M. Rajaonarimampianina.

"On sent plutôt une dynamique autour de la candidature de Robinson Jean Louis, mais pas non plus une dynamique absolument irrésistible et enthousiasmée", observe un diplomate européen.

"Très fortes" possibilités de fraudes

"Dans l'hypothèse où le scrutin ne serait pas grossièrement manipulé, je serais assez étonné que le Dr Robinson Jean Louis ne tire pas son épingle du jeu", note Didier Galibert au centre de recherche sur l'Afrique LAM de Bordeaux, qui estime qu'"il a une image somme toute relativement consensuelle à Madagascar".

"Cela dit, malgré la présence d'observateurs internationaux, je reste très méfiant dans la mesure où les possibilités de fraude, plus particulièrement en milieu rural, restent quand même très fortes", ajoute le chercheur français. Un Andry Rajoelina aux abois pourrait être tenté de bourrer les urnes, dit-il. Et c'est une crainte constante du camp Ravalomanana.

La Cour électorale spéciale (CES) de Madagascar, chargée d'examiner les recours, avait d'ailleurs dénoncé des infractions commises par des partisans d'Hery Rajaonarimampianina au premier tour, mais avait estimé qu'elles n'avaient influencé qu'à la marge le résultat d'un scrutin jugé libre et honnête par les observateurs.

"Il reste à voir comment se dérouleront les élections, mais la préparation du processus électoral a été correcte", assure pour sa part la chef de la mission d'observateurs de l'Union européenne, Maria Muniz de Urquiza.

Aidé par tout le camp de l'ancien président - qui intervient au téléphone de son exil sud-africain lors de ses meetings - Robinson Jean Louis, 61 ans, surfe sur la nostalgie de l'ère Ravalomanana pendant laquelle Madagascar a connu une assez forte croissance. Il a annoncé le retour au pays de son mentor s'il est élu.

Ses adversaires lui reprochent pèle-mêle d'avoir un passeport français, d'être membre du Parti socialiste français, d'être franc-maçon et d'avoir un penchant sur la bouteille.

Dans l'autre camp Hery Rajaonarimampianina, 55 ans, qui fut le ministre des Finances d'Andry Rajoelina, est surtout accusé d'avoir couvert tous les trafics du régime. Ce qu'il nie farouchement.

Les deux hommes promettent un vaste programme de constructions d'infrastructures pour sortir Madagascar de la misère dans lequel le pays, déjà très pauvre avant les événements de 2009, s'est enfoncé.

Les résultats de la présidentielle devraient être annoncés le 7 janvier au plus tard par la commission électorale (Cenit) et confirmés avant le 18 février par la Cour électorale spéciale.

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